Invité lors de l’émission Grand Angle sur Cristal News le dimanche 13 septembre 2026, le Père Arnaud-Éric Aguénounon, philosophe politique et directeur de l’IAJP, a fait une analyse sans concession du système politique et du modèle de développement en cours au Bénin. Selon lui, le Bénin vit depuis 2016 sous un système inédit et parfaitement huilé pour durer.
« C’est la première fois qu’un système continue comme ça. Tout est mis en place. Patrice Talon est le promoteur, le fabricant et surtout le garant du système », explique-t-il. Interrogé sur de possibles tensions internes entre le Président Patrice Talon et son successeur, Romuald Wadagni, le père Eric Aguénounon juge ce système si solide qu’il survivra aux éventuels différends. « Ayant dépensé beaucoup d’énergie et d’investissements juridiques pour le mettre en place, ils ne vont pas le noyer sur la place publique. Ils vont régler la crise entre eux » a-t-il laissé entendre.
Abordant la question du développement, le Père a reconnu les avancées infrastructurelles mais il a tenu à insister sur la nécessité de replacer l’humain au cœur des politiques publiques. « On ne peut pas penser développement sans l’être humain. La première institution, c’est la famille. Est-ce que la famille a tout ce qu’il faut au plan sanitaire, du repas, de l’éducation pour que dans 50 ans nous ayons des gens comme Amoussou, comme Yayi Boni ? », s’interroge-t-il. A travers cette série de questions, il dénonce un développement réduit à la « beauté des pierres » et plaide pour une croissance qui se ressente « dans l’assiette du béninois ».
Par ces dires, il pointe du doigt l’immense majorité qui vit au jour le jour, sans salaire fixe. Pour lui, la CRIET ne suffit pas à gérer le pays. « Il faut un travail de conscience, un travail de formation des cœurs. Il faut former à la citoyenneté responsable et former les acteurs politiques à la prise en compte du bien commun », a-t-il martelé. Allant plus loin, il estime que le peuple est devenu spectateur : « Je vais vous choquer. En politique, le peuple n’existe pas. Le peuple n’existe que quand il y a élection ». Il qualifie le régime de la rupture de « démocrature », loin des standards démocratiques, faute d’une véritable éducation citoyenne. « On a eu la démocratie comme un cadeau de Noël. On n’a pas été formé pour lutter, pour revendiquer, pour faire de la médiation , pour faire des plaidoyers », conclut-il.
Alola BIAOU