À 25 francs CFA, parfois moins, le sachet d’eau communément appelé « pure water » s’est imposé dans les habitudes de consommation au Bénin. Mais derrière son apparente limpidité se pose une question essentielle : cette eau est-elle réellement potable ? Les interventions de la nutritionniste Professeure Colette Azandjèmè et du médecin généraliste Dr Davo apportent deux éclairages qui, loin de s’opposer totalement, invitent surtout à la vigilance.
Sur Les Rendez-vous de la Nutrition, la Professeure Colette Azandjèmè tire la sonnette d’alarme. Pour elle, la potabilité de l’eau vendue en sachet ne peut pas être considérée comme acquise. Le problème ne réside pas uniquement dans l’origine de l’eau, mais également dans les conditions de traitement, d’emballage et de conservation.
En effet, l’alerte porte d’abord sur les risques microbiologiques. Une eau provenant notamment d’un forage peut contenir des micro-organismes si elle n’a pas subi un traitement approprié ou si elle est manipulée dans de mauvaises conditions. Mais la nutritionniste élargit également le débat aux risques chimiques. Elle évoque la possibilité de migration de substances provenant des emballages plastiques vers l’eau, notamment les microplastiques et le bisphénol A. Autrement dit, une eau qui paraît parfaitement claire peut ne pas être exempte de contaminants.
Cette intervention a le mérite de rappeler une vérité souvent oubliée : la transparence de l’eau n’est pas une preuve de sa potabilité.
Une nuance indispensable à ne pas négliger
Le Dr Davo apporte cependant une précision importante. Selon lui, l’eau conditionnée en sachet peut bel et bien être potable lorsque les règles d’hygiène sont respectées, que l’eau est correctement traitée et que le conditionnement répond aux normes requises.
Le véritable problème serait donc moins le sachet en lui-même que l’absence de garanties autour de sa production. Tous les sachets d’eau ne doivent donc pas être placés dans le même panier. Certaines structures disposent des autorisations nécessaires et mettent en œuvre des procédés de traitement et de conditionnement destinés à garantir la qualité de leur produit. À l’inverse, des producteurs informels pourraient prélever de l’eau de sources diverses et la conditionner sans contrôle ou traitement suffisant.
Cette nuance est essentielle. Dire que « le pure water n’est pas potable » comme une vérité générale serait excessif. Dire, en revanche, que tout sachet d’eau est nécessairement potable parce qu’il porte l’appellation « pure water » serait tout aussi dangereux.
Une vigilance qui doit dépasser le consommateur
Au fond, les deux interventions se rejoignent sur l’essentiel : la confiance ne doit pas remplacer le contrôle. Le consommateur ne dispose généralement ni des moyens ni des compétences nécessaires pour déterminer la qualité microbiologique ou chimique d’une eau simplement en regardant son apparence. La responsabilité incombe donc aussi aux producteurs, aux structures de contrôle et aux autorités compétentes. Dans un pays où l’eau en sachet constitue une solution accessible pour une grande partie de la population, l’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur toute une activité, mais de faire respecter les exigences sanitaires.
Car à 25 francs CFA, le sachet paraît bon marché. Mais une eau contaminée peut coûter beaucoup plus cher à la santé. La vraie question n’est donc pas de savoir si le « pure water » est potable par nature, mais de savoir si celui que l’on achète a réellement été traité, contrôlé et conditionné dans les règles.
Gildas AHOGNI