L’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP/CO) a organisé, le jeudi 6 août 2026 au Chant d’Oiseau de Cotonou, un débat contradictoire autour du thème : « État de droit et alternance politique en Afrique : un vrai enjeu de stabilité et de développement ».
La rencontre, tenue sous forme de panel, a réuni Kamel Ouassagari, député de la 9ème législature, socio-anthropologue et spécialiste en genre et gestion de projet, Lazare Maurice Sèhouéto, ancien ministre et député de la 9ème législature ainsi que Eric Maouignon, Economiste, spécialiste en gouvernance démocratique, ancien président de l’ Autorité de Régulation des Marchés Publics.
Le Sénat au cœur des discussions
Dans son intervention, le député du parti Les Démocrates de la 9ème législature, Kamel Ouassaga a déclaré qu’« actuellement au Bénin, on a quand même l’impression qu’on a une certaine stabilité ». Mais selon ses analyses, il se dit « qu’on a une instabilité autoritaire imposée, factice et cosmétique ». « Alors que la vraie stabilité qui devait y avoir, qui favorise vraiment le développement, c’est la stabilité démocratique. Que les règles du jeu soient pareilles pour tous », a-t-il laissé entendre.
Kamel Ouassagari a expliqué que « depuis 2016, on s’est retrouvé à une position où chaque fois qu’il y a des réformes, ces réformes avantagent toujours un camp contre un autre camp ». Pour lui, « dans ces conditions, les gens se taisent ». Car, il, « peut-être les gens ont peur, les Béninois ont peur de s’exprimer ». Selon l’ancien député du parti Les Démocrates, « ils ont peur parce que les événements du mai 2019 est resté dans » leur tête. C’est pour cela que « les gens ont peur de s’exprimer». Il a martelé qu’aujourd4hui, il est difficile de voir les Béninois acceptés de critiquer le régime ». Le socio-anthropologue a indiqué qu’ au moment où il critiquait « avec force », il était «encore député au parlement »
Le spécialiste en genre et gestion de projet se rappelle qu’ en 2025, il y a une réforme et qu’ en prenant la parole, il a parlé « de l’ installation du bureau du Sénat où on a parlé de trêve politique où c’est ce bureau, c’ est ce Sénat qui est seul habilité à dire si l’ intervention » qu’il a « à faire est par exemple contre les textes de loi ». Le député Ouassagari a par ailleurs déploré qu’ « il n’y a pas un barème, un cadrage qui peut montrer que chaque fois que l’on pose un problème, l’on s’exprime d’une manière que ça va contre la loi ». « C’est les 25 membres du Sénat qui ont ce pouvoir et c’est là que c’est dangereux», a-t-il lâché. Selon ses dires, le Bénin n’a pas besoin qu’on lui apprenne la démocratie.
Les choses que nous devons passer
Intervenant sur le thème de l’État de droit et de l’alternance en Afrique, Lazare Maurice Sehouéto a estimé que les discussions autour de cette nouvelle institution doivent reposer sur les textes et les faits plutôt que sur des craintes anticipées. Répondant à Kamel Ouassagari qui a fait part de ses préoccupations concernant les pouvoirs attribués aux 25 membres du Sénat et à sa configuration qui pourrait, à terme, limiter la liberté d’expression des citoyens et rendre plus difficile la critique des autorités, l’ancien ministre a signifié qu’« il y a des choses nous sommes obligés de nous passer par exemple : avoir peur et exprimer sa peur vis-à-vis d’une institution qui n’a pas encore commencé à fonctionner. À exprimer de la peur et une certaine perception à partir d’un texte qui, en soi, ne dit pas le mal qu’on insinue que ça va faire ».
« On n’est pas les premiers à le faire
Une institution, affirme Sèhouéto, « comme le Sénat au Bénin a été présentée comme répondant à un certain nombre de besoins par exemple : le besoin d’unité nationale, le besoin de pacifier le combat politique, faire en sorte que les débats politiques à l’intérieur du pays ne paralysent pas les efforts de développement du pays ». Pour lui, donc ; « on n’est pas les premiers à le faire ». L’ancien ministre a cité l’exemple de la France, où la Cinquième République a succédé à deux régimes marqués par une succession rapide de gouvernements. Il a également évoqué l’expérience de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale.
Selon ses explications, les constituants allemands ont introduit des garde-fous destinés à empêcher que des mouvements hostiles à la démocratie ne puissent prendre le contrôle de l’État comme ce fut le cas sous le régime nazi. Il a soutenu que les institutions peuvent être conçues pour préserver la stabilité politique. Pour lui, « les dispositifs qui permettent de protéger le système, de protéger la démocratie, on peut dire que ce n’est pas bon, on peut avoir un avis ou un autre, ce n’est pas là l’essentiel » pour lui.
Mais, selon lui, « un dispositif qui permet à une certaine stabilité, à un certain fonctionnement, à certaines valeurs d’être maintenues, le Bénin n’est pas le premier en la matière. Donc aujourd’hui nous pouvons faire le débat sur le Sénat. Nous pouvons faire tous les débats qu’on veut, mais il ne faut pas faire des débats sur des caricatures ».
« Formons les uns et les autres à prendre le risque d’espérance »
L’ancien député Lazare Maurice Sehouéto a, dans ses mots de conclusion, déclaré que « le sort d’un pays, d’une nation, d’une société ne dépend pas que de ces dirigeants, de ces lois et autres dispositions institutionnelles » Selon l’ancien ministre, « le sort d’un pays dépend largement aussi et surtout des dispositions des citoyens et de la société globalement ». Pour lui, « il n’y a pas ; il n’y a aucune peur à vivre dans une société où tout le monde marche sur la tête ». Il a signifié que « le risque qu’il y a à marcher sur les pieds quand tout le monde marche sur la tête est un risque d’espérance ». Donc, dit-il, « formons les uns et les autres à prendre le risque d’espérance, à ne pas se morfondre sur ce qui ne va pas et à voir comment on peut, même si tout le monde marche sur la tête, continuer de marcher sur les deux pieds ».
Eric Maouignon a, pour sa part, affirmé que le Béninois « est capable de porter une chemise aujourd’hui et demain de porter une autre et de s’adapter ».



