Ce n’est plus un secret, l’essence vendue au bord des voies contient parfois de l’eau. Mauvaise conservation ou mélange volontaire, les causes évoquées varient selon les acteurs rencontrés. Mais une chose est certaine : cette situation n’est pas sans conséquences pour les conducteurs et leurs engins.
Une moto qui cale après quelques kilomètres, un carburateur à réparer ou un réservoir déjà attaqué par la rouille. Derrière ces pannes, certains conducteurs soupçonnent la qualité du carburant acheté auprès de vendeurs informels. Principalement à Cotonou et dans ses environs, notamment à l’échangeur de Godomey, le phénomène est régulièrement évoqué par les usagers. Comment l’eau peut-elle se retrouver dans l’essence ? M. Victor, vendeur d’essence, ne nie pas l’existence du problème. Selon lui, l’eau peut se retrouver dans le carburant pour différentes raisons. Il évoque notamment des pratiques frauduleuses qui seraient le fait de certains vendeurs ou de leurs ouvriers. « Il y a ceux qui le font volontairement. Ce ne sont pas forcément les responsables des points de vente, mais parfois des ouvriers. Les clients nous parlent souvent de ces pratiques sans préciser les lieux concernés », explique-t-il.
Mais pour le vendeur, le mélange avec l’eau ne serait pas toujours volontaire. Les conditions dans lesquelles l’essence est conservée peuvent également favoriser sa présence dans les récipients. Les tonneaux utilisés pour stocker le carburant sont parfois exposés aux intempéries. « Les tonneaux sont parfois laissés dehors. Quand il pleut, l’eau s’y infiltre. Ensuite, les producteurs remplissent ces récipients sans se rendre compte qu’ils contiennent déjà de l’eau », explique-t-il. Dans son point de vente, assure-t-il, des précautions sont prises avant la commercialisation. Son équipe procède notamment à l’extraction de l’eau lorsqu’elle en constate la présence, conformément aux consignes reçues de leurs responsables.
À y voir de près, le constat est similaire chez Sylvain, lui aussi vendeur. Présent dans le secteur depuis plusieurs années, il dit être régulièrement confronté aux plaintes de clients qui découvrent de l’eau dans le carburant acheté.« Il arrive que nous trouvions de l’eau dans les arrivages, mais ce n’est pas forcément la faute des vendeurs. Certains sont pressés et ne prennent pas le temps de retirer cette eau avant de vendre le produit », affirme-t-il. À l’en croire, ces pratiques seraient davantage observées chez certains vendeurs mobiles qui proposent de petites quantités de carburant le long des voies. Des points de vente qui, contrairement aux installations fixes, peuvent facilement disparaître ou changer d’emplacement. « Ceux qui font souvent cela sont les vendeurs installés au bord des voies avec de petites quantités de carburant. On les retrouve surtout la nuit », soutient-il.
Au-delà des soupçons et des accusations, une question demeure : qui paie lorsque l’eau se retrouve dans le réservoir d’une moto ? Pour les conducteurs rencontrés, la réponse est sans équivoque. La facture revient à l’usager. En effet, régulièrement confronté à ce phénomène, Gilbert, conducteur de taxi-moto, apporte un autre regard sur cette réalité. Habitué à exercer jusque tard dans la nuit, il affirme avoir déjà été confronté à plusieurs reprises à du carburant contenant de l’eau. « Ce sont souvent les vendeurs qui opèrent la nuit qui font cela. Ils savent ce qu’ils font. Quand vous revenez le lendemain pour les retrouver, ils ont déjà changé d’endroit », témoigne-t-il.
Pour lui, les conséquences sont lourdes pour le consommateur, qui doit assumer les frais liés aux pannes et aux réparations.
La nuit, les dégâts font plus mal…
Pour un conducteur de taxi-moto, une panne en pleine journée est déjà contraignante. Mais lorsque le problème survient pendant une course nocturne, les difficultés prennent une autre dimension. Gilbert en sait quelque chose.« Quand cela arrive en pleine nuit avec un client à bord, la situation devient compliquée. Parfois, nous sommes obligés de garer la moto jusqu’au matin parce qu’il est difficile de trouver un mécanicien à cette heure-là », raconte-t-il. Par ailleurs, le problème ne s’arrête donc pas à la panne. Il peut également entraîner des dépenses supplémentaires pour remettre l’engin en état. Dans les ateliers de réparation, les mécaniciens disent recevoir régulièrement des motos confrontées à ce type de problème. Gbodogbé Dieu Donné, mécanicien spécialisé dans les motos à deux roues, explique que la présence d’eau dans l’essence peut avoir des répercussions sur plusieurs éléments du système d’alimentation. « L’eau dans l’essence provoque souvent des dégâts au niveau du carburateur lorsqu’il n’y a pas un entretien adéquat. On observe aussi des réservoirs attaqués par la rouille et parfois réparés à plusieurs endroits », explique-t-il. Le mécanicien relève qu’une intervention tardive peut également laisser place à d’autres problèmes sur l’engin. Le conducteur qui pense avoir simplement acheté quelques litres de carburant de mauvaise qualité peut ainsi se retrouver face à une facture de réparation bien plus lourde.
En tout, dans ce circuit où le contrôle de la qualité du produit reste difficile pour le consommateur, la vigilance demeure l’un des principaux moyens de limiter les dégâts.
Alola BIAOU