Conakry ne compte pas adopter, dans l’immédiat, la future monnaie unique de la CEDEAO. Les autorités justifient ce choix par la volonté de préserver la souveraineté économique du pays, tandis que plusieurs économistes estiment que les conditions ne sont pas encore réunies pour une intégration monétaire.
La Guinée maintiendra le franc guinéen et ne rejoindra pas, à court terme, la future monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’annonce a été faite le 30 juillet par le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno, lors d’une conférence de presse à Conakry.
Le ministre de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique a expliqué que cette décision reflète la volonté du président de la Transition, Mamadi Doumbouya, de préserver le franc guinéen, en circulation depuis 65 ans. « La République de Guinée reste attachée à sa souveraineté économique pour continuer à décider de son avenir économique à travers le franc guinéen », a-t-il déclaré. Il a ajouté que cette monnaie nationale demeure « au cœur de sa stratégie de développement économique ».
Cette position est soutenue par plusieurs économistes guinéens, cités par RFI. Pour Bella Bah, économiste et activiste de la société civile, la Guinée « n’a pas intérêt à court terme à intégrer une zone monétaire ». Selon lui, le pays doit d’abord « beaucoup travailler sur son économie » et renforcer « sa capacité de production ». Il prévient qu’un État qui rejoint une union monétaire doit respecter des critères de convergence et qu’une adhésion prématurée « risque d’asphyxier son économie s’il n’a pas une capacité de production suffisante ». Il estime ainsi qu’il est « extrêmement important de conserver cette indépendance monétaire » afin d’industrialiser davantage le pays avant toute intégration.
De son côté, l’économiste Mohamed Camara met en avant la structure des échanges commerciaux du pays. « La Guinée n’échange que 16 % avec ses six voisins. Plus de 80 % de ses exportations vont en Asie, en Chine », souligne-t-il. Dans ces conditions, intégrer dès maintenant la future zone Eco pourrait priver le pays de certains leviers économiques. « C’est à cause de tout cela que le gouvernement guinéen se donne le temps », conclut-il.
Si Conakry choisit de temporiser, elle ne se retire pas pour autant du projet de monnaie unique. Le pays continue de participer aux discussions techniques de la CEDEAO en tant que membre de la Task Force, le groupe technique chargé de préparer le lancement de la monnaie. Alors que les États membres doivent encore s’accorder sur plusieurs questions majeures, nottament le régime de change et le fonctionnement de la future Banque centrale de l’Eco.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU