Au Sénégal, la situation ne semble pas évoluer comme prévu pour Ousmane Sonko. Depuis plusieurs semaines, le Pastef, formation politique de l’ex-Premier ministre sénégalais, fait face à une série de défections touchant des cadres, des directeurs généraux, des responsables locaux et des membres de sa structure de jeunesse.
Le vent de départs qui souffle sur le Pastef continue d’alimenter les débats au Sénégal. Alors que le parti s’active autour de sa campagne d’adhésion et prépare les prochaines échéances électorales, plusieurs responsables de premier plan ont annoncé leur retrait de la formation dirigée par Ousmane Sonko.
Parmi les départs les plus remarqués figure celui de Khoureychi Thiam, directeur général du Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur (FAISE). Après avoir quitté le Pastef, il a annoncé son intention de briguer la mairie de Dakar lors des élections territoriales de 2027. À ses côtés, Rougui Sow, membre du cabinet du Premier ministre et directrice générale de l’Agence de réhabilitation des marchés, a également officialisé son retrait.
La liste des responsables qui tournent le dos au parti s’est progressivement allongée. Le Dr Mansour Diop, directeur général de l’hôpital Aristide Le Dantec, le Dr Lansana Gagny Sakho, président du Conseil d’administration de l’APIX-SA, ainsi que Mame Mayoro Dieng, présenté comme un membre fondateur du Pastef à Louga, ont eux aussi quitté les rangs du parti.
La secousse ne concerne pas uniquement les cadres administratifs et politiques. La Jeunesse patriotique sénégalaise (JPS), considérée comme l’un des piliers de la mobilisation militante du Pastef, est également frappée par une vague de départs. Plusieurs responsables, dont Bakary Bass Sakho, Ousmane Sonko Jr, Aïssatou Diémé, Baye Sène, Ousmane Souaré, Lamine Diagne et Pape Djiby Sagna, ont annoncé leur rupture avec la structure de jeunesse du parti.
Dans un communiqué rendu public le jeudi 23 juillet 2026 à Dakar, le nouveau mouvement dénommé Jeunes patriotes pour la République (JPR) a revendiqué l’arrivée de plusieurs centaines de militants issus de la JPS. Selon les responsables de cette nouvelle organisation, plus de 700 cadres et militants provenant des 46 départements du Sénégal auraient rejoint leurs rangs en quelques jours.
Cette opération, baptisée « Opération Phénix », entend désormais remobiliser une partie de la jeunesse politique autour du président Bassirou Diomaye Faye. Parmi les figures citées figurent notamment Bacary Basse Sakho, ancien coordonnateur national adjoint de la JPS, Abdou Aziz Dabakh Goudiaby, ancien secrétaire général de la JPS à Keur Massar, ainsi que des responsables venus de Fatick, Tambacounda, Kolda, Mbour et de la diaspora.Face à cette succession de départs, la direction du Pastef tente de relativiser la portée de la crise. Le député Amadou Ba a dénoncé ce qu’il considère comme une « stratégie visant à donner l’impression d’un mouvement massif de départs afin de fragiliser le parti ». Selon lui, cette agitation aurait également pour objectif de « minimiser le succès » de la campagne d’adhésion lancée par le Pastef. Le parlementaire appelle ainsi les militants à rester mobilisés et à poursuivre le travail de terrain auprès des populations.
Mais malgré ces arguments, la multiplication des défections nourrit une tout autre lecture de la situation. Ces départs interviennent dans un contexte particulier où les rapports entre le camp d’Ousmane Sonko et celui du président Bassirou Diomaye Faye semblent connaître de nouvelles tensions.
Dans ce tohu-bohu, le nouveau mouvement des Jeunes patriotes pour la République (JPR), présenté comme proche du chef de l’État, renforce l’impression d’une recomposition politique en cours. Après les départs de plusieurs cadres, responsables territoriaux et membres de la jeunesse militante, le Pastef voit progressivement une partie de son appareil se fissurer.
À l’approche des élections territoriales de 2027, cette série de départs constitue un véritable défi pour le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Si la tendance se poursuit, le leader du Pastef pourrait voir son parti s’affaiblir progressivement, avec une partie de ses forces vives attirée par une nouvelle dynamique politique portée par le président Bassirou Diomaye Faye.
Alola BIAOU