Présentée comme un véritable soutien pour permettre aux étudiants de poursuivre leurs études dans de meilleures conditions, la bourse universitaire reste une bouffée d’oxygène pour de nombreux bénéficiaires. Mais une question revient avec insistance sur les campus : à quoi sert une aide qui arrive souvent lorsque les besoins les plus urgents sont déjà passés ?
En principe, cette aide est destinée à accompagner les étudiants dès le début de l’année universitaire, au moment où les dépenses sont les plus importantes : frais d’inscription, logement, transport, fournitures, polycopiés ou encore documents pédagogiques. Pourtant, dans la pratique, les versements interviennent souvent plusieurs mois après la rentrée. Entre-temps, de nombreux bénéficiaires doivent compter sur leurs familles, s’endetter ou renoncer à certaines dépenses indispensables. À l’Université de Parakou, Pélagie Kandissounon, étudiante en Finance et Comptabilité à la FASEG, reconnaît l’importance de cette assistance de l’État. Mais, selon elle, son efficacité est réduite lorsqu’elle n’arrive pas au moment où les besoins sont les plus pressants. « La bourse m’aide à couvrir une partie de mes dépenses, notamment les frais d’inscription et une partie du logement. Cependant, elle ne suffit pas pour prendre en charge l’alimentation, le transport, les polycopiés, les impressions et les autres besoins académiques tout au long du semestre ». Pour elle, le principal problème réside dans le calendrier de paiement.« Les versements interviennent souvent plusieurs semaines, voire plusieurs mois après la rentrée universitaire. Pourtant, c’est au début de l’année que les dépenses sont les plus importantes : inscription, logement, achat des supports de cours et fournitures. »
Cette situation n’est pas sans conséquences…
« Je rencontre des difficultés à couvrir mes dépenses essentielles. Je dois parfois solliciter l’aide de mes proches ou m’endetter. Le manque de moyens peut entraîner des absences en cours, notamment à cause des frais de transport. Cette situation génère du stress et affecte ma concentration ainsi que mes performances académiques », alerte-t-elle.
Pour Credo Fanou, autre bénéficiaire, la question ne porte pas sur l’existence de la bourse, mais sur le moment où elle est versée. « La bourse universitaire ne vient pas toujours au bon moment puisque les virements se font généralement pendant les vacances. À cette période, les besoins liés aux études ne sont plus les mêmes qu’en pleine année académique. »
En effet, dans les universités publiques, la rentrée intervient généralement entre septembre et octobre. Pourtant, les paiements de la bourse sont souvent effectués entre avril et août, une période qui correspond à la fin de l’année universitaire ou aux vacances. Pour de nombreux étudiants, les dépenses prioritaires ont déjà été engagées bien avant l’arrivée de cette aide.« En pleine année académique, j’ai du mal à joindre les deux bouts, surtout pour les frais de déplacement et l’achat des documents », poursuit Credo Fanou.
Une réforme très attendue…
Au-delà du montant accordé, plusieurs étudiants estiment que le véritable défi reste le calendrier des versements. Beaucoup souhaitent qu’une première tranche soit versée dès les premières semaines de la rentrée afin de couvrir les dépenses les plus urgentes. Pélagie Kandissounon plaide également pour un calendrier de paiement clair et respecté, ainsi qu’une modernisation du système à travers des solutions numériques comme le Mobile Money.
De son côté, Credo Fanou estime qu’une meilleure anticipation des démarches administratives permettrait de réduire les délais. « Au lieu de demander les dossiers d’allocation à la reprise des cours, les étudiants pourraient les déposer juste après la publication des résultats définitifs. Ainsi, les virements pourraient commencer dès la rentrée universitaire ».
Étudiant en licence 3 de Lettres modernes à l’Université d’Abomey-Calavi, Boris Kakpo estime que la réflexion devrait aller encore plus loin. Selon lui, le système actuel gagnerait à être revu au profit d’un paiement mensuel. « Je pense qu’il aurait été plus judicieux que l’argent soit transféré en cours d’année académique. Chaque fin de mois, les étudiants pourraient recevoir les 31 000 francs. Après l’envoi de la tranche des huit mois, c’est toujours cette même somme qui est prévue. Donc, si l’État pouvait commencer par verser ce montant chaque mois, cela aiderait les étudiants à faire face à certaines difficultés : les excursions pédagogiques exigées par les facultés, les photocopies, les autres dépenses académiques et les réalités du quotidien. » A l’en croire, ce mode de paiement permettrait également une meilleure gestion des ressources par les bénéficiaires.« Si l’étudiant n’est pas suffisamment organisé ou ne sait pas bien gérer cet argent, il risque de le dépenser pendant les vacances. Et au moment où la rentrée arrive, il pourrait se retrouver en difficulté pour poursuivre ses études. »
Jusque-là, personne ne nie son importance : la bourse universitaire demeure une mesure sociale saluée par les étudiants. Toutefois, son efficacité dépend aussi de sa capacité à répondre aux réalités du terrain. Une aide destinée à accompagner la rentrée universitaire produit pleinement ses effets lorsqu’elle est disponible au moment où les dépenses se présentent.
En attendant une éventuelle adaptation du calendrier des versements, les bénéficiaires espèrent que leurs préoccupations seront prises en compte. Car au-delà du montant accordé, c’est le moment du paiement qui conditionne, pour beaucoup d’entre eux, l’utilité réelle de cette aide.
Alola BIAOU