La gouvernance d’une Nation passe par plusieurs facteurs notamment la capacité des autorités à protéger les populations et à instaurer davantage de justice sociale. Pour ce faire, les récentes décisions prises au Niger et au Burkina Faso méritent une attention particulière et devraient inspirer les dirigeants béninois.
Au Niger, le Conseil national pour la sauvegarde de la Patrie (Cnsp) a décidé de réglementer les prix des loyers des habitations tout en prévoyant cette réforme de sanctions sévères, pouvant aller jusqu’à des peines de prison contre les contrevenants. Derrière cette mesure se dessine une volonté politique de mettre fin à l’anarchie qui règne depuis des années dans le secteur locatif et protéger les populations contre les abus des propriétaires. Dans de nombreuses villes africaines, les loyers sont fixés sans référence objective, les cautions exigées sont souvent exorbitantes et les augmentations interviennent au gré de la volonté des bailleurs.
Les premières victimes restent les travailleurs modestes, les jeunes couples, les étudiants et les familles à revenus limités qui consacrent parfois plus de la moitié de leurs ressources au paiement du loyer. Le Bénin fait face à cette réalité. Certes, une loi sur le bail à usage domestique a été adoptée sous le président Patrice Talon afin de mieux encadrer les rapports entre bailleurs et locataires, mais dans les faits, cette réforme n’a pas permis de réglementer le secteur. Les propriétaires continuent d’imposer leurs conditions, les avances restent excessives. L’anarchie s’est installée. Le gouvernement doit aller plus loin en fixant des plafonds de loyers selon les zones géographiques et les catégories de logements, tout en prévoyant des sanctions réellement dissuasives contre les abus.
Les frais de scolarité dans le privé
Le même constat peut être dressé dans le secteur de l’enseignement privé. Au Burkina Faso, les autorités ont récemment franchi un pas important en décidant d’encadrer les frais de scolarité dans tous les établissements privés, du préscolaire à l’enseignement supérieur. Les promoteurs ne pourront plus fixer librement leurs tarifs. Ceux-ci seront désormais déterminés selon des critères précis, notamment les infrastructures, les services offerts et la localisation des établissements. Une classification annuelle permettra également d’actualiser les montants autorisés, tandis que des sanctions sont prévues contre les établissements récalcitrants.
Cette décision répond à une préoccupation majeure des parents d’élèves, car dans plusieurs pays africains, les frais de scolarité dans le privé connaissent une inflation permanente, souvent sans rapport avec la qualité des enseignements dispensés. Au Bénin, la situation est tout aussi préoccupante. Les frais d’inscription, les contributions diverses, les tenues obligatoires, les travaux dirigés, les laboratoires et de multiples prélèvements supplémentaires alourdissent considérablement les dépenses des familles. Dans certains établissements, les montants exigés dépassent largement les capacités financières des parents alors même que les infrastructures et les conditions d’apprentissage restent parfois en deçà des standards attendus.
L’État, garant du droit à l’éducation, ne doit limiter son action au seul enseignement public. Les élèves du privé sont avant tout des citoyens béninois dont les familles contribuent également au développement national. Il devient donc urgent de mettre en place un mécanisme de réglementation des frais de scolarité, tenant compte de critères objectifs et accompagné de contrôles réguliers.
L’exigence du paiement du Smig dans le privé
Enfin, un troisième chantier mérite une attention immédiate. Il s’agit de l’application effective du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) dans le secteur privé. Après la revalorisation du Smig dans la fonction publique, l’ancien chef de l’État, Patrice Talon avait annoncé son intention d’étendre effectivement cette exigence au secteur privé. Pourtant, de nombreux travailleurs continuent aujourd’hui de percevoir des rémunérations largement inférieures au minimum légal. Cette situation met en difficultés des milliers de familles et fait accroître les inégalités sociales.
Dans certaines entreprises, des employés travaillent à temps plein pour des salaires qui ne leur permettent même pas de satisfaire leurs besoins essentiels. Une telle réalité ne peut perdurer dans un État qui ambitionne un développement inclusif. Le gouvernement du président Romuald Wadagni doit travailler à corriger cette injustice en imposant effectivement le respect du Smig dans toutes les entreprises privées, avec des mécanismes de contrôle crédibles et des sanctions contre les employeurs défaillants. En plus des premières mesures sociales, il urge pour le président de la République, Romuald Wadagni et son équipe d’encadrer les loyers, réglementer les frais de scolarité dans le privé et faire respecter le Smig. Face à la cherté de la vie, les Béninois attendent désormais des réformes courageuses.
Mohamed Yèkini