L’interpellation d’une femme contrainte de verser 100.000 FCFA au Trésor public pour avoir uriné dans l’enceinte de l’OPT à Cotonou a relancé le débat sur la lutte contre l’incivisme au Bénin. Si de nombreux citoyens saluent la volonté des autorités de protéger l’environnement, ils estiment toutefois que la répression devrait être précédée d’un véritable effort d’aménagement, notamment par l’installation d’urinoirs et de toilettes publiques dans les grandes villes du pays.
L’affaire a rapidement fait le tour des réseaux sociaux et suscité de nombreuses réactions. Une femme a été interpellée après avoir uriné dans l’enceinte de l’OPT à Cotonou. À la suite de cette infraction, elle a été contrainte de verser 100.000 FCFA au Trésor public avant de recouvrer sa liberté.
En effet, cette sanction s’inscrit dans le cadre de la lutte contre la pollution environnementale, encadrée au Bénin par la loi-cadre sur l’environnement ainsi que d’autres textes relatifs à l’hygiène publique. L’objectif affiché est de décourager les comportements qui dégradent le cadre de vie. Mais au-delà du principe de la sanction, c’est surtout la question des infrastructures qui alimente le débat. Plusieurs citoyens interrogés estiment qu’il est difficile d’exiger un changement de comportement sans offrir des solutions adaptées.
Claude, usager de la route, estime que l’État devrait d’abord multiplier les urinoirs dans les grandes villes comme Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Ouidah ou Abomey avant de renforcer la répression. Même inquiétude chez Esther, étudiante, qui s’interroge sur les alternatives offertes aux personnes surprises par un besoin pressant alors qu’elles sont en pleine circulation. Selon elle, l’absence de toilettes publiques expose les citoyens à un choix difficile entre enfreindre la règle ou mettre leur santé en danger.
Pour Jean-Marie, la protection de l’environnement est une nécessité. Toutefois, il rappelle que dans plusieurs quartiers, il n’existe pratiquement aucun espace public où satisfaire un besoin physiologique. Cette réalité pousse encore de nombreuses personnes à uriner contre des murs ou à proximité des bas-fonds. Murielle, commerçante, reconnaît qu’elle pourrait elle aussi être sanctionnée dans une telle situation. Elle appelle à la création d’espaces appropriés afin d’éviter que des citoyens ne soient pénalisés faute d’alternative. Plus sceptique, Marc estime que la répression restera difficile à appliquer tant que les infrastructures feront défaut. Selon lui, il est illusoire de vouloir sanctionner systématiquement un phénomène aussi répandu.
Ces réactions traduisent une attente largement partagée : accompagner les mesures répressives par des investissements dans des toilettes et urinoirs publics, ainsi que par la multiplication des poubelles dans les espaces urbains.
La protection de l’environnement est une responsabilité collective. Mais pour qu’une politique de répression soit pleinement comprise et acceptée, elle gagnerait à s’appuyer sur des équipements accessibles à tous. En matière de civisme, accompagner avant de sanctionner reste souvent la voie la plus efficace.
ASG