L’Institut des Artisans de Justice et de Paix/Le Chant d’Oiseau (IAJP/CO), en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer et l’Université d’Abomey-Calavi, a organisé, vendredi 12 juin 2026 au Chant d’Oiseau de Cotonou, son atelier annuel de réflexion et de formation sur le thème : « Implication et engagement des jeunes dans la construction de l’État de droit en Afrique ».
Représentant Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo et vice-président de la Conférence épiscopale du Bénin, le Père Raymond Goudjo a souligné que « la question de l’engagement des jeunes dans la vie sociale n’est pas un épiphénomène ». Selon lui, cette préoccupation demeure récurrente au moment où les générations précédentes cherchent à transmettre le témoin aux plus jeunes. Il a rappelé que « l’une des expressions sociales de la dignité de la personne humaine réside dans les droits et les devoirs du citoyen au sein d’un État de droit ».
Le religieux a également affirmé que « le bien commun est le principe incontournable du droit ». À ses yeux, l’État de droit repose sur une vision profondément humaine et spirituelle, orientée vers la recherche de la fraternité entre les personnes et les peuples. Il a exhorté les participants à ne pas limiter l’intérêt des jeunes aux seuls mécanismes économiques, sociaux, politiques et juridiques. « Intéressons nos jeunes à l’être davantage, au plus-être. L’État de droit existe et se justifie pour la dignité intrinsèque de la personne humaine et non l’inverse », a-t-il insisté.
Des citoyens engagés pour consolider la démocratie
Prenant la parole à son tour, le représentant de la Fondation Konrad Adenauer, Théodore Golli, a mis l’accent sur le rôle stratégique de la jeunesse dans l’avenir du continent africain.
« L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune du monde. Cette réalité constitue une immense richesse humaine, intellectuelle et sociale, mais également une responsabilité collective », a-t-il déclaré. Selon lui, une jeunesse nombreuse, dynamique et ambitieuse doit pouvoir participer pleinement aux processus de décision, aux institutions et à la vie de la société.
Évoquant le cas du Bénin, il a rappelé l’attachement historique du pays aux valeurs démocratiques depuis la Conférence nationale des forces vives de février 1990. Il a également souligné l’importance que la Fondation accorde à l’éducation civique, à la formation politique, au leadership des jeunes et à la promotion du dialogue.
« Nous sommes convaincus qu’aucune démocratie ne peut être durable sans une jeunesse formée, consciente de ses responsabilités et attachée aux valeurs de liberté, de justice, de tolérance et de dignité humaine », a-t-il affirmé.
Pour Théodore Golli, la consolidation de l’État de droit ne relève pas uniquement de la responsabilité des gouvernants ou des institutions. Elle nécessite aussi l’implication de citoyens engagés, informés et responsables.
« S’engager, ce n’est pas seulement faire de la politique au sens partisan du terme. C’est aussi participer à la vie associative, promouvoir le dialogue, défendre les droits humains, protéger l’environnement, sensibiliser les communautés et contribuer au bien commun », a-t-il conclu.
Une jeunesse actrice du changement
Le directeur de l’IAJP, le Père Éric Aguénounon, a plaidé pour une jeunesse davantage impliquée dans la transformation des sociétés africaines.
Selon lui, la jeunesse représente l’une des meilleures ressources pour construire l’avenir du continent. « Pourrait-on impacter durablement sa société autrement qu’en jouant le rôle de veilleur et de guetteur ? », s’est-il interrogé. Il a expliqué que l’IAJP entend jouer pleinement son rôle de sentinelle en lançant des signaux forts aux leaders et aux citoyens pour le bien-être du Bénin et de l’Afrique.
Le Père Aguénounon a également dénoncé l’instrumentalisation des jeunes à des fins électorales ou revendicatives. « Il est grand temps que les jeunes ne soient plus de simples marionnettes exploitées uniquement lors des élections ou des mouvements de contestation », a-t-il déclaré.
Pour lui, la réflexion sur l’avenir ne doit pas se limiter à la recherche d’un emploi ou d’une sécurité économique. « Il nous faut penser l’avenir de manière plus ambitieuse et plus humaine. Pour y parvenir, il faut avant tout garantir la paix. Sans la paix citoyenne portée par les jeunes, nous risquons de basculer dans un chaos sans fin », a-t-il averti.
Le recteur honoraire de l’Université d’Abomey-Calavi, le professeur Maxime da Cruz, a quant à lui exhorté les jeunes à ne pas rester silencieux face aux défis de leur époque.
« Vous n’avez pas le droit de rester muets. Le silence peut être coupable », a-t-il lancé. Selon lui, nul ne doit demeurer indifférent aux injustices et aux dérives sociales, car chacun peut un jour se retrouver dans la position de victime.
Le professeur da Cruz a enfin invité les jeunes à renforcer la qualité de leur engagement citoyen. « Je sais qu’en matière d’engagement vous êtes prêts à mouiller le maillot. Mais je vous invite à affiner davantage votre implication. La qualité de cet engagement déterminera votre avenir et, par conséquent, celui de nos sociétés », a-t-il martelé.
Un programme riche en réflexions
L’atelier a été marqué par trois temps forts : une communication sur « Les mécanismes constitutionnels de protection des libertés publiques pour fonder un engagement responsable des jeunes », une autre sur les « Stratégies d’implication directe des jeunes dans les processus de construction de l’État de droit », ainsi qu’un panel consacré à « L’éthique et la parole publique en Afrique : rôle des jeunes communicants dans la consolidation des acquis démocratiques et de la liberté d’expression ».
Ce panel a réuni des experts, des acteurs institutionnels et politiques ainsi que des représentants de la société civile autour des enjeux liés à la démocratie, à la gouvernance et à la participation citoyenne des jeunes.