Une enquête conjointe de Jeune Afrique et de Bellingcat, un consortium de chercheurs, d’enquêteurs indépendants et de journalistes citoyens, met en cause le groupe paramilitaire russe Africa Corps qui a fait usage d’armes à sous-munitions sur des populations civiles. Une violation des conventions internationales et un crime de guerre qui pourrait coûter cher aux mercenaires russes et au Mali dans le futur.
Les enquêtes révèlent l’utilisation d’armes à sous-munitions lors d’opérations militaires dans la région de Kidal.
Ces munitions qui sont interdites par plusieurs conventions internationales ont refait surface dans le ciel de Kidal. Selon une enquête publiée par Jeune Afrique et Bellingcat, des vidéos géolocalisées montrent des restes de sous-munitions russes larguées près du village de Tadjmart, à 55 km au sud d’Aguelhok, après des frappes annoncées par l’armée malienne et Africa Corps.
Les images analysées par Bellingcat présentent des sous-munitions non explosées à proximité d’habitations, ainsi que plusieurs petits cratères caractéristiques de ce type d’armement. Les bâtiments visibles ont permis aux enquêteurs de géolocaliser précisément les prises de vue aux coordonnées 18.977305, 0.86072. Une autre vidéo, tournée à quelques centaines de mètres, montre des destructions plus importantes, bien que non directement attribuables aux sous-munitions.
Mattéo Maillard, journaliste à Jeune Afrique, fait partie des auteurs de cette investigation. Invité sur France 24, il met directement en cause les combattants russes d’Africa Corps, ex-Wagner, actifs dans le nord du Mali qui seraient derrière l’opération. Selon lui la bombe RB K500 larguée aurait été transportée par un appareil Su-24M. C’est selon lui le seul avion de combat russe disponible au Mali capable de transporter la bombe à munitions. Il ignore cependant si l’Africa corps à reçu un feu vert du commandement malien avant de procéder au largage de cette bombe. Le bombardement aurait provoqué la mort d’un enfant de sept ans et plusieurs blessés.
Particulièrement dangereuses, les armes à sous-munitions éclatent en vol pour disperser des dizaines de petites bombes sur une large zone. Elles sont interdites par la Convention d’Oslo, un traité international que le Mali a signé et ratifié. Le risque principal vient des sous-munitions qui n’explosent pas à l’impact et qui peuvent tuer des civils longtemps après les combats.
Cette enquête intervient dans un contexte de tensions extrêmes à Kidal, où les forces maliennes et russes selon plusieurs sources ont perdu le contrôle de la ville face au Front de liberation de l’Azawad (FLA) fin avril 2026. Des attaques conjointes avec le JNIM ont été menées dans plusieurs villes stratégiques du Mali ce qui a causé la mort du ministre de la défense malienne Sadio Camara
. Les accusations d’usage d’armes prohibées ajoutent une nouvelle pression sur la junte malienne, déjà contestée pour sa gestion du conflit au nord.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU