Depuis 1990, les régimes qui se sont succédés au Bénin ont été soumis au rituel qui consiste à fouiller dans les poubelles des prédécesseurs notamment par les successeurs une fois le pouvoir transmis. Des audits sont réalisés dans les agences, directions, institutions, ministères et même à la présidence de la République pour élucider des dossiers dont la gestion est soupçonnée d’une certaine opacité. Depuis dimanche 24 Mai 2026, tous les regards sont tournés vers le nouveau régime que les béninois espèrent sur des affaires qui ont fait couler assez d’ancres et de salives. Mais, le Président Romuald Wadagni jusqu’au 23 Mai 2026 ministre de l’économie et des finances du régime défunt pourra-t-il sacrifier à cette tradition au nom et pour la bonne gouvernance et la transparence ?
Ces 10 dernières années, le régime dit de la rupture a opéré des réformes et fait des innovations qui ont à la fois séduits et sidéré négativement les béninois. Plus d’une cinquantaine d’agences ont été créées pour gérer des projets dont les fins n’ont pu réellement convaincre l’opinion quant à leur opportunité et leur utilité pour le contribuable. Les projets tels que Bénin Taxi, Leasing (crédit-bail) ou location longue durée (LLD) et bien d’autres avec chacun, son lot de scandale présumé titillent encore la mémoire des béninois. Créées sous le régime Talon, les Agence de Sauvegarde de la culture ont été au dernier conseil des ministres du président sorti, dissoutes sans qu’aucun point ne soit fait de leur existence. La démolition du siège de l’Assemblée nationale, les infrastructures routières construites ou en construction à coup de dizaines de milliards de francs Cfa, les eurobonds, les emprunts obligataires, les licenciements massifs et la dissolution de plusieurs entreprises publiques sans oublier la constructions des marchés modernes et la réhabilitation du stade Général Mathieu Kérékou, autant de dossiers qui aiguisent les curiosités mais dont le peuple béninois pourrait savoir, les tenants et les aboutissants, si audit pouvait en avoir. Seulement, le régime Talon vient de succéder au régime Talon. Le métronome de la rupture après le président Patrice Talon, l’homme qui a, 10 années durant, géré l’économie et les finances, Romuald Wadagni hérite du Palais de la Maria pour les 7 prochaines années. Va-t-il ou pourra-t-il diligenter ou autoriser un audit dans quelle structure pour faire la lumière sur quel dossier ?
En clair, tout ce qui semble opaque sous le régime défunt a la forte chance de continuer de l’être, tout au moins les 7 prochaines années. Aucun audit ne sera réalisé, aucun esprit de bonne gouvernance et encore moins de transparence ne l’emportera sur les priorités de la nouvelle équipe dirigeante qui doit réconcilier le pays, faire du social et travailler au développement du Bénin.
Ceux qui pensent que le processus électoral tel que conduit par le régime défunt a été pensé, orchestré, organisé, entretenu et opérationnalisé pour une seule raison ont raison : il faut à tout prix maintenir le système pour protégé tout ce qui a été fait ces 10 dernières années.
Norbert Adjakoun