Depuis plusieurs jours, le Nigeria retient son souffle. Une série d’enlèvements ciblant des écoliers et des communautés rurales a ravivé la mobilisation citoyenne. À Oyo, dans le sud-ouest, et au Zamfara, dans le nord-ouest, des bandes armées ont frappé écoles et domiciles, emportant enfants, enseignants et passants.
Le Nigéria fait face à une hausse de l’insécurité scolaire depuis plusieurs jours. Le dernier cas médiatisé en date remonte à mardi 02 juin à Kaura Namoda, dans l’État de Zamfara. Des hommes armés ont fait irruption dans un internat du Federal Polytechnic, enlevant sept étudiants de leur résidence hors campus. Les assaillants, tirant en l’air pour semer la panique, ont emmené les jeunes dans la forêt. Le gouvernement de l’État a aussitôt annoncé des opérations de ratissage, mais aucune libération n’a encore été confirmée.
Quelques jours plus tôt, dans la zone d’Igboora, à Oyo, un autre enlèvement massif avait secoué l’opinion. Plus de 40 écoliers et enseignants avaient été kidnappés lors d’une attaque coordonnée contre plusieurs établissements. Il aurait même eu enlèvement de la sœur d’un ancien ministre et de ses deux jumeaux Les familles, désemparées, dénoncent l’absence de sécurité autour des écoles rurales, devenues des cibles faciles pour les bandits qui réclament ensuite des rançons.
Selon les médias nigérians, des hommes armés ont enlevé Olaide Busayo Adegoke John-Paul, 43 ans, sœur cadette de l’ex-ministre Bayo Adelabu, et ses fils jumeaux Peter et Paul, 12 ans, alors qu’elle les déposait à l’école. La police d’Oyo a lancé une opération de recherche et récupéré le véhicule des victimes.
Le mécontentement de la société civile
Face à l’inaction du gouvernement, la Nigerian Union of Teachers ( Union des enseignants nigérians), NUT, a décrété une grève et un sit-in national. Cette semaine, plusieurs enseignants ont abandonné les cours. Lundi, des milliers d’enseignants ont envahi les rues d’Abeokuta, Ibadan et Abuja, pancartes en main avec plusieurs slogans comme » Bring back our schoolchildren « , ce qui signifie » Ramenez-nous nos élèves « .
Plusieurs activistes comme Omoyele Sowore ont appelé à une marche pour exiger la démission du président Tinubu si rien n’est fait. Ils exigent non seulement la libération immédiate des otages, mais aussi un plan national de sécurisation des écoles et le démantèlement des camps de bandits dans le nord-ouest. Dans la foulée, le Nigeria Labour Congress (NLC), le plus gros syndicat du pays avertit que si le gouvernement ne règle pas la crise des enlèvements d’élèves et d’enseignants à Oyo, il déclenchera une grève générale nationale pour soutenir la NUT.
Depuis l’enlèvement des 276 lycéennes de Chibok en 2014, le Nigeria n’a jamais réussi à enrayer le phénomène. Amnesty International rappelle que plus de 1 500 élèves ont été kidnappés dans des écoles depuis lors. Chaque nouvelle attaque rouvre la blessure et renforce le sentiment d’abandon.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU