Depuis quelques années, un phénomène social discret s’installe dans les habitudes quotidiennes : l’engouement de la gent féminine pour les jeux de hasard et les paris sportifs. Longtemps considérés comme l’apanage des hommes que ce soit pour arrondir les fins de mois ou tenter de maximiser leurs revenus, ces pratiques séduisent désormais un nombre croissant de femmes qui évoluent au quotidien.
Dans les quartiers, les marchés et même aux abords des kiosques de loto, le constat est frappant. Là où l’on observait autrefois une présence majoritairement masculine, les femmes occupent désormais une place de plus en plus visible. Certaines ne passent pas une demi-journée sans tenter leur chance. Les mises deviennent régulières. Aux kiosques, la scène est devenue banale. Des femmes, parfois soucieuses de préserver une certaine discrétion, envoient des enfants jouer à leur place avec des pronostics griffonnés sur des bouts de papier.
Une stratégie qui traduit à la fois l’amour et le regard encore mixtes que porte la société sur cette pratique. Par ailleurs, le numérique a favorisé cette tendance. Les paris en ligne offrent une très simple accessibilité sans protocole. Entre les applications téléchargées sur smartphone et les services de recharge proposés par des intermédiaires, tout est désormais à portée de main. En quelques clics, les mises sont placées, les résultats attendus, les espoirs relancés. Parallèlement, dans les coins de rue ou dans les allées des marchés, les discussions ont changé de ton. Il n’est plus rare d’entendre des femmes débattre des résultats de matchs de football, des courses hippiques ou encore des tirages de loto.
Les raisons
Pour certaines, il s’agit d’un simple divertissement, une manière de rompre avec la monotonie du quotidien. Pour d’autres, c’est devenu un véritable espoir de gain financier. Derrière cet engouement, les motivations restent diverses et parfois complexes. « Je fais juste des paris pour m’amuser. Je n’attends rien d’eux. Si je gagne, tant mieux, dans le cas contraire, ça passe. C’est pour ça que je ne mets pas d’beaucoup d’argent », a soutenu dame Rose Boco, vendeuse. Le suivisme joue un rôle capital : certaines femmes s’initient aux paris sportifs en observant leurs partenaires ou leurs amies. D’autres y voient une opportunité rapide de générer des revenus dans un contexte économique parfois.
Cependant, cette « lune de miel » n’est pas sans conséquences. Les dérives deviennent préoccupantes. Dans plusieurs foyers, les paris sportifs sont à l’origine de tensions et de conflits. Il arrive que des fonds destinés aux dépenses familiales ou même les frais de scolarité des enfants soient détournés pour alimenter cette passion du jeu, entraînant des disputes qui finissent parfois en scènes de violence. Dans les cas les plus graves, le phénomène fragilise l’équilibre du couple. Certaines femmes s’adonnent à ces pratiques dans le secret, sans en informer leur conjoint, ce qui, une fois découvert, peut engendrer de profondes crises de confiance, voire des séparations. Pour éviter ces conséquences néfastes, certains rechargeurs professionnels déclinent les demandes de recharge. C’est le cas de Romaric de-Campos qui crédite les comptes pour les jeux de hasard en ligne. « Toutes les fois qu’une femme m’écrit ou m’envoie de l’argent pour recharger ou créer un compte, mon non est catégorique. Je n’accepte jamais.
Pire, si c’est une femme mariée. Parfois si j’ai le numéro du mari de la femme, je le contacte et je lui en fais part », a déclaré Romaric de Campos. Selon lui, c’est la recherche du gain facile chez cette nouvelle génération de femmes qui les conduit dans ça. « Il suffit juste de mettre la capture d’écran de ton gain en statut et tu les attires facilement. », a-t-il confié. Il est clair que si les paris sportifs apparaissent pour certaines comme un loisir ou une opportunité, ils révèlent aussi une réalité plus sombre : celle d’un possible dérivé de crises aux conséquences sociales et familiales lourdes. À mesure que le phénomène prend de l’ampleur, la question de la sensibilisation et de l’encadrement se pose avec acuité.
Mohamed Yèkini