La plateforme de VTC (Voiture de Transport avec Chauffeur) Yango, très populaire dans plusieurs villes africaines, fait face à des controverses croissantes concernant son fonctionnement. Au Bénin, les autorités ont même été contraintes de suspendre temporairement les activités de la plateforme, révélant les tensions entre innovation technologique et encadrement juridique.
Au Bénin, Yango a été suspendue en décembre 2024 après avoir lancé ses activités de transport sans autorisation officielle des autorités compétentes. L’application opérait notamment dans la ville de Cotonou, où elle avait rapidement gagné en popularité auprès des usagers.
Les autorités béninoises ont estimé que la plateforme ne respectait pas les procédures administratives nécessaires pour exploiter un service de transport de passagers. Cette décision visait à rappeler l’obligation pour les entreprises numériques internationales de se conformer aux réglementations locales.
Après des discussions avec le gouvernement, la société a finalement annoncé la reprise de ses activités en avril 2025. Selon l’entreprise, cette reprise intervient à la suite d’une collaboration avec les autorités béninoises afin d’aligner ses services sur les exigences réglementaires du pays.
Des tensions en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, selon les faits rapportés par les médias locaux, des conflits récurrents opposent chauffeurs VTC et taxis traditionnels. Ces derniers dénonçent une concurrence déloyale liée à une régulation inégale. Par ailleurs, des agressions, tant contre des chauffeurs que des passagers, sont régulièrement rapportées.
Des enquêtes de presse locales ont mis en lumière la complexité du montage juridique de Yango. Officiellement, l’entreprise dispose d’une entité enregistrée dans le pays, mais l’exploitation technique de l’application serait assurée par d’autres sociétés situées à l’étranger. Cette organisation rendrait plus difficile le contrôle fiscal et réglementaire par les autorités nationales.
Une plateforme liée à un géant technologique russe
Initialement Yango était développée par le géant russe Yandex. Mais aujourd’hui, elle est exploitée par une société enregistrée aux Émirats arabes unis, RideTechnology Global FZ-LLC, dont le siège social se trouve à Dubaï. Yandex est souvent comparé à Google en Russie. L’application s’appuie sur des technologies avancées de cartographie, de navigation et d’optimisation des trajets.
Présente aujourd’hui dans plus d’une vingtaine de pays, la plateforme ne se limite plus aux services de VTC. Elle développe également des services de livraison et de logistique, s’inscrivant dans une stratégie plus large d’expansion numérique.
Certains analystes considèrent cette présence croissante comme une nouvelle forme d’influence technologique de la Russie en Afrique, fondée sur les services numériques et les infrastructures de données.
Précarité des chauffeurs et enjeux de données
Outre les questions juridiques, la plateforme fait également face à des critiques concernant les conditions de travail de ses chauffeurs. Dans plusieurs pays, ces derniers affirment supporter l’essentiel des coûts d’exploitation : carburant, entretien des véhicules, commissions versées à la plateforme ou encore redevances aux propriétaires de voitures.
Par ailleurs, des spécialistes du numérique s’inquiètent de la quantité importante de données collectées par l’application, notamment les déplacements urbains, la géolocalisation et les habitudes de mobilité des utilisateurs. Ces informations sont souvent traitées sur des infrastructures situées hors des pays africains où le service est utilisé, ce qui soulève des questions de souveraineté numérique.
Pour les autorités comme pour les chauffeurs, la question n’est plus de savoir si les VTC doivent exister, mais comment les réguler afin de protéger les travailleurs, garantir la transparence économique et préserver la souveraineté numérique des États.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU