En dix ans, le Bénin a profondément transformé son enseignement technique et professionnel. Infrastructures modernisées, filières arrimées aux besoins du marché, insertion record pour certaines promotions ; les avancées sont notables. Mais sur le terrain, des disparités subsistent et appellent à un second souffle pour consolider les acquis.
Longtemps considéré comme une voie de relégation, l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels (EFTP) au Bénin ont changé de visage entre 2016 et 2026. Infrastructures vétustes, programmes déconnectés des réalités économiques, insertion professionnelle quasi inexistante. Tel était le diagnostic posé avant les réformes engagées dans le cadre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG).
Dix ans plus tard, le secteur affiche une nouvelle ambition. Avec l’adoption, en 2019, de la Stratégie nationale de l’EFTP et la création de l’Agence de Développement de l’Enseignement Technique (ADET), l’État a posé les bases d’une gouvernance structurée. Cinq secteurs prioritaires ont été ciblés : agriculture, numérique, tourisme, infrastructures/transports et énergie. L’objectif est de former des compétences directement opérationnelles et adaptées aux besoins du marché. Sur le plan des infrastructures, des avancées sont visibles. Le Lycée technique professionnel de Bopa a été construit, tandis que plusieurs lycées agricoles ont été réhabilités. L’École des Métiers du Numérique, implantée à l’Université Nationale des Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques (UNSTIM), se distingue par ses laboratoires aux standards internationaux. Ces investissements traduisent une volonté d’arrimer la formation aux exigences contemporaines.
Les chiffres avancés par le gouvernement témoignent d’un effort conséquent sur le capital humain. On note 662 aspirants au métier d’enseignant recrutés, 670 formateurs agricoles formés, 343 inspecteurs et conseillers pédagogiques déployés, 24 formateurs certifiés en France. À cela s’ajoute une dynamique d’ouverture internationale avec des perspectives de formation au Brésil et au Maroc. Les résultats en matière d’insertion professionnelle sont également mis en avant. Les 151 premiers diplômés de l’École des Métiers du Numérique affichent un taux d’insertion de 100 %. Des techniciens béninois participent désormais à des chantiers internationaux, notamment au Maroc, et nombre de jeunes formés trouvent un débouché dans la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Autant d’indicateurs qui confortent l’idée d’un enseignement technique devenu moteur d’employabilité.
Cependant, si ces performances sont à saluer, elles ne doivent pas occulter les disparités persistantes. Dans plusieurs lycées techniques à l’intérieur du pays, les plateaux techniques restent insuffisamment équipés. Certains établissements n’ont pas connu de transformation significative, tant sur le plan des infrastructures que des ressources pédagogiques. Le défi de l’équité territoriale demeure entier.
Pour que la révolution annoncée soit pleinement inclusive, un effort supplémentaire s’impose. Il peut y avoir la généralisation des équipements modernes, la maintenance régulière des infrastructures, le renforcement continu des capacités des enseignants et le suivi rigoureux de l’insertion des diplômés sur l’ensemble du territoire.
Le Bénin a indéniablement amorcé une mutation structurelle de son enseignement technique. Mais pour que cette dynamique s’inscrive durablement et bénéficie à tous les apprenants, les dirigeants sont appelés à maintenir le cap et à intensifier les investissements. Former aujourd’hui pour bâtir demain exige constance, évaluation et ajustements permanents.
Gildas AHOGNI