Installés conformément aux dispositions de la Constitution le dimanche 08 février 2026, les 109 députés de la 10ᵉ législature de l’Assemblée nationale du Bénin étaient attendus au tournant par une opinion publique déjà défiante. Néanmoins à peine entrés en fonction, les nouveaux parlementaires semblent avoir dissipé les derniers espoirs de renouveau démocratique avec une scène qui, à bien des égards, sonne comme un très mauvais départ. Une unique candidature et un président élu avec 109 voix pour.
La dixième législature du parlement est partie sur un fond de grande déception par rapport aux attentes des populations. L’élection à l’unanimité de Joseph Fifamè Djogbénou à la tête de l’Assemblée nationale, avec 109 voix pour, zéro contre et zéro abstention, en est la parfaite illustration. Sur le fond, le choix de l’ancien président de la Cour constitutionnelle n’a rien de surprenant. À la tête du parti majoritaire, l’Union progressiste le Renouveau, fort de ses 60 députés, il disposait mathématiquement des cartes nécessaires et de toutes les chances pour accéder au perchoir tant convoité après son passage au gouvernement en qualité de ministre de la justice et à la Cour constitutionnelle en tant que président de la Haute juridiction. Mais là où le bât blesse, c’est dans la forme. Une unanimité aussi parfaite dans un parlement censé être pluraliste interroge, dérange et inquiète. Elle signifie clairement que les 49 députés du Bloc républicain pourtant présentés comme appartenant à une autre formation politique, ont eux aussi voté pour le même candidat.
Pourtant leur leader Abdoulaye Bio Tchané répond aux critères pour présider aux destinées de l’Assemblée nationale. Une situation qui laisse peu de place au doute et qui traduit une évidence. Les consignes venues d’en haut ont été suivies scrupuleusement, sans débat, sans état d’âme et sans la moindre tentative de démarcation. Ce vote unanime donne l’image d’un parlement soumis à un seul homme, fonctionnant davantage comme une chambre d’enregistrement que comme une institution de contrôle de l’action gouvernementale ou un véritable creuset de débats démocratiques. Le message envoyé est clair, l’Assemblée nationale de la 10ᵉ législature n’entend pas jouer les contre-pouvoirs, encore moins s’affirmer comme un espace de confrontation d’idées. Les votes des lois passeront comme des lettres à la poste. Le contrôle de l’action du gouvernement sera définitivement comme de simples formalités et le débat parlementaire sera des échanges de convivialité entre copains et amis de la même famille politique.
A cette allure, le pluralisme tant vanté par les soutiens du régime et certains députés nouvellement élus relève désormais du simple discours de campagne. Les promesses de débats houleux, de voix dissonantes et de défense acharnée des intérêts des populations semblent déjà rangées dans les tiroirs de la familiarité politique. Monocolore dans les faits, discipliné jusqu’à l’excès, le parlement béninois démarre cette nouvelle législature sur de très mauvaises bases. Loin de rassurer, cette unanimité artificielle renforce la méfiance des citoyens, déjà dégoûtés par des institutions de plus en plus éloignées de leurs préoccupations quotidiennes. En somme, la prise en compte réelle des attentes des populations ne semble pas être à l’ordre du jour. Les Béninois peuvent, à juste titre, nourrir peu d’illusions. Il ne faut s’attendre à rien de substantiel venant de ces députés, du moins tant que l’Assemblée nationale continuera de fonctionner au rythme des consignes et non de la conscience républicaine. Un mauvais départ, sans contexte. Et le plus inquiétant, c’est qu’il annonce peut-être la couleur pour les sept années à venir.
Alassane Touré