Une semaine après les législatives du 11 janvier 2026, les résultats proclamés par la Commission électorale nationale autonome (Céna) et confirmés par la Cour constitutionnelle ont livré leur verdict: les 109 sièges de l’Assemblée nationale sont répartis entre les deux partis de la mouvance présidentielle, à savoir l’Union progressiste le Renouveau (Upr) et le Bloc Républicain (Br). Une configuration qui consacre, de fait, un Parlement entièrement acquis à la majorité présidentielle, et donc monocolore malgré les fausses rumeurs distillées dans l’opinion publique par certains sbires du régime.
Au terme des tendances annoncées par les deux institutions notamment la Commission électorale nationale autonome (Céna) et la Cour constitutionnelle, une chose est sûre et certaine. L’assemblée nationale 10ème législature est composée uniquement des députés membres des deux partis siamois notamment l’Union progressiste le Renouveau et le Bloc républicain. Face à ce constat, un argument est brandi pour relativiser l’absence de l’opposition parlementaire et montrer que le parlement n’est pas à la cause du régime. Il s’agit de l’élection des six députés qui ont démissionné du parti de l’opposition Les Démocrates à la veille des positionnements sur les listes de candidatures. Ces élus, désormais présentés comme des voix indépendantes, seraient en mesure d’exprimer des avis divergents et d’apporter une forme de pluralisme au sein de l’hémicycle, mais à y regarder de près, cet argument relève davantage du leurre politique que d’une réalité institutionnelle. Et pour cause! Aucun parti d’opposition n’est représenté à l’Assemblée nationale. Les deux formations politiques présentes partagent la même ligne idéologique globale, soutiennent l’action gouvernementale. Dans un contexte pareil, parler de diversité d’opinion relève d’une communication destinée à cacher l’évidence, le Parlement béninois, dans sa configuration actuelle, ne dispose d’aucun contrepoids politique structuré. Les six députés démissionnaires du parti Les Démocrates sont ainsi présentés comme une caution démocratique pour cacher le jeu et prouver que l’Assemblée ne serait pas totalement alignée sur l’exécutif. A vrai dire, cette lecture n’est pas vérifiée vu le fonctionnement de la vie politique béninoise.
La discipline partisane…
Dans le système politique actuel, un député élu sous la bannière d’un parti politique est tenu de respecter la ligne et les orientations de la formation qui l’a conduit au Parlement. Se permettre, après l’élection, de s’affranchir totalement des directives partisanes reviendrait à nier le fondement même du mandat politique. Dès lors, même si ces six députés ont quitté officiellement le parti Les Démocrates, ils ne peuvent raisonnablement se positionner comme une opposition critique et structurée face à l’exécutif. Leur trajectoire politique et leur contexte d’élection limitent leur marge de manœuvre. L’idée qu’ils puissent incarner une opposition parlementaire crédible relève davantage de la fiction que de la pratique politique. À ce facteur s’ajoute un autre élément déterminant notamment la trêve politique instaurée par la nouvelle Constitution du 15 novembre. Cette disposition impose aux acteurs politiques une forme de retenue, les obligeant à s’abstenir de toute critique ouverte à l’encontre du Président de la République et, par ricochet, du gouvernement. Dans un tel cadre juridique, même les velléités de critiques individuelles se retrouvent neutralisées. Par ailleurs, il convient également de rappeler les vraies raisons de la démission de ces six députés du parti Les Démocrates. Leur départ s’explique par une rupture idéologique avec la formation dirigée par l’ancien président Boni Yayi. Ne se reconnaissant plus dans les idéaux et la ligne politique du parti, ils ont choisi de s’en éloigner. Cette prise de distance signifie clairement qu’ils ne se positionnent plus dans une logique d’opposition frontale au pouvoir en place. Dès lors, il serait illusoire d’attendre d’eux une posture critique vis-à-vis du gouvernement, posture qui constituerait pourtant l’essence même d’une opposition parlementaire.
Alassane Touré