Alors que le chef de l’État Patrice Talon n’a pas encore bouclé son second mandat, les fissures deviennent béantes au sein de la mouvance présidentielle. Les élections législatives et communales récemment tenues ont agi comme un révélateur brutal : les formations politiques issues de l’architecture partisane voulue par le pouvoir peinent à masquer leurs divergences et semblent désormais guidées par des intérêts concurrents plutôt que par une vision commune.
Longtemps présentés comme des alliés au service de la stabilité politique, le Bloc Républicain (BR) et l’Union progressiste le Renouveau (UPR) donnent aujourd’hui l’image de partenaires engagés dans une guerre feutrée mais acharnée. La bataille pour le perchoir, autrement dit le fauteuil du président de l’Assemblée nationale, a monté les tensions. Dans cette course stratégique, les coups bas ont remplacé la solidarité, au point de voir les deux camps s’attaquer mutuellement devant les juridictions compétentes notamment la Cour suprême et la Cour Constitutionnelle, chargées de connaître des contentieux en matière électorale respectivement pour les élections législatives et communales.
De sources très concordantes, des candidats de l’Union progressiste le Renouveau ont déposé plusieurs requêtes contre le Bloc Républicain dans diverses circonscriptions électorales, évoquant des cas présumés de fraude. En riposte, le Bloc Républicain n’est pas resté les bras croisés : le parti a, à son tour, saisi les instances contre l’Union progressiste le Renouveau, formation au baobab dirigée par Joseph Djogbénou. Une escalade judiciaire qui traduit un malaise profond, bien au-delà de simples contestations électorales. Parallèlement aux batailles juridiques, une véritable guerre de communication s’est installée. Articles de presse, sorties médiatiques et déclarations à mots à peine couverts se multiplient, exposant au grand jour les rancœurs et les rivalités internes. Ce déballage public met à nu une réalité que beaucoup redoutaient : une fois l’arbitre suprême qu’est Patrice Talon hors du jeu, les antagonismes risquent de s’exacerber davantage.
Ces affrontements internes montrent que les partis de la mouvance, pourtant bâtis dans la durée par le régime, peinent à dépasser les logiques de positionnement personnel et de conquête du pouvoir. L’intérêt général, souvent invoqué, semble relégué au second plan face à l’obsession du contrôle des institutions clés. À mesure que se profile la fin de l’ère Talon, le climat politique se charge de tension. Les signes avant-coureurs d’un séisme post-Talon sont déjà visibles : rivalités ouvertes, méfiance généralisée et absence de cohésion durable. Si rien n’est fait pour apaiser ces tensions, la mouvance présidentielle pourrait bien être secouée par un déluge politique dont les conséquences dépasseront largement le simple cadre des querelles partisanes.
Alassane Touré