Une enquête judiciaire a été ouverte en France après la disparition d’un important chargement d’uranium au Niger. L’affaire intervient dans un contexte de rupture entre la junte militaire nigérienne et le groupe français Orano, ex-exploitant du site concerné.
La disparition d’uranium sur un site minier du nord du Niger a conduit la justice française à ouvrir une enquête pour vol en bande organisée, soupçonné de servir les intérêts d’une puissance étrangère. L’information a été confirmée vendredi 19 décembre par le parquet de Paris à l’Agence France-Presse.
L’enquête concerne la mine d’uranium de la Somaïr, située à Arlit, dans le nord du pays. Ce site était exploité par le groupe français Areva, devenu Orano, avant sa nationalisation annoncée en juin par la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023. Les investigations ont été confiées à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Fin novembre, Orano avait signalé qu’un chargement d’uranium avait quitté le site sans son accord. Le groupe affirmait ne pas être à l’initiative du convoi et condamnait fermement cette opération. Quelques jours plus tard, les autorités nigériennes annonçaient leur intention de vendre sur le marché international l’uranium produit par la Somaïr. Selon le collectif de journalistes Wamaps évoqué par Le Monde, près de 1 000 tonnes d’uranium non enrichi auraient quitté Arlit, une partie étant stockée à Niamey et l’autre en transit vers le port de Lomé, via le Burkina Faso.
Le dossier illustre les tensions croissantes entre la France et le Niger. La junte revendique le droit de disposer librement des ressources naturelles du pays. Le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a ainsi affirmé que le Niger pouvait vendre sa production « en toute indépendance », selon la télévision publique Télé Sahel.
Avant la nationalisation, la Somaïr était détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par l’État nigérien. Après la perte de contrôle de ses filiales minières, Orano a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international. Fin septembre, un tribunal aurait interdit au Niger de vendre environ 1 300 tonnes de concentré d’uranium, estimées à 250 millions d’euros.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU