La décision du gouvernement de mettre en place une commission de la toponymie et de la mémoire nationale relance le débat sur l’identité, la laïcité et l’unité nationale. Face au projet de changement de nom de l’aéroport de Cotonou, Daniel Edah dénonce un message politique à forte portée spirituelle et appelle à la cohérence républicaine.
Le gouvernement béninois a officiellement acté, en Conseil des ministres, la création d’une commission chargée de la toponymie et de la mémoire nationale. Selon l’exécutif, cette initiative vise à « reconstruire un narratif cohérent avec le vécu de nos héros et de notre identité », afin d’ancrer l’histoire nationale dans l’imaginaire collectif et les générations futures. Concrètement, la commission devra identifier les lieux à rebaptiser, constituer une base de données documentées des toponymes et veiller à l’harmonie entre nouveaux noms, histoire locale et mémoire nationale.
En effet, si l’objectif affiché se veut rassembleur, l’annonce du changement de nom de l’aéroport de Cotonou, avec la suppression du titre de Cardinal attaché à l’hommage rendu au Cardinal Bénardin Gantin, a ravivé les tensions. Pour Daniel Edah, il ne s’agit pas d’un simple ajustement symbolique, mais d’un acte politique lourd de sens. Dans une déclaration au ton ferme, l’acteur politique appelle à « ne pas être hypocrites » et à appliquer la laïcité de manière équitable au Bénin. Tout en se déclarant défenseur de la diversité culturelle et religieuse, il insiste sur la liberté de religion comme pilier fondamental de la République. « Si la laïcité permet de toucher au sacré de certaines religions, elle ne saurait en promouvoir une autre », prévient-il, redoutant que de telles décisions n’alimentent la division et la peur.
Pour Daniel Edah, l’enjeu dépasse la question du nom d’un lieu emblématique. Il s’agit de préserver l’unité nationale et d’éviter une réécriture permanente de l’histoire qui, selon lui, n’est « ni une preuve d’intelligence ni un signe de créativité ». À ses yeux, la mémoire nationale doit être un facteur de cohésion, non un terrain de fractures idéologiques.
Alors que la commission de la toponymie promet de redessiner l’espace symbolique du pays, la sortie de Daniel Edah rappelle une exigence : toute refondation mémorielle doit se faire dans le respect de l’équilibre républicain. Car au Bénin, toucher aux symboles, c’est aussi toucher au vivre-ensemble.
Gildas AHOGNI