Depuis que les listes de candidatures ont été publiées, les positionnements au sein de la mouvance révèlent un scénario qui choque jusque dans les rangs les plus fidèles du pouvoir. En ouvrant largement les bras aux ex-députés du parti Les Démocrates pourtant démissionnaires et souvent qualifiés de transfuges en quête de survie politique et en les accordant de bons positionnements, le chef de la mouvance, donne l’impression d’ériger la trahison en valeur politique suprême.
Au sein de la mouvance présidentielle, la trahison est désormais récompensée. S’il est vrai qu’en politique, tous les coups sont permis, il n’en demeure pas moins vrai que certains coups ne laissent pas un bon héritage à la postérité en matière d’éthique et de moral. Depuis quelques jours, la classe politique béninoise est agitée suite au positionnement sur les listes du Bloc républicain et de l’Union progressiste le renouveau pour les élections législatives de janvier 2026, des anciens députés élus sous la bannière du parti de l’opposition, Les Démocrates et qui ont claqué la porte du parti. Il s’agit de Chantal Adjovi, Joël Godonou, Léasou Do Rego, Denise Zounmènou, Constant Nahoum et enfin de Michel Sodjinou positionné dans la 19ème circonscription électorale. Pour beaucoup, ce positionnement est le fruit de la ruse qu’il a infligée à son parti l’empêchant ainsi de participer à l’élection présidentielle. Ceux qui, hier encore, combattaient ouvertement les réformes du régime et votent contre les lois se voient aujourd’hui dérouler le tapis rouge par les mêmes formations politiques qu’ils dénonçaient. Pendant ce temps, des militants de longue date, des cadres historiques et même des figures emblématiques de la mouvance sont écartés, déplacés, sacrifiés. Les cas les plus visibles sont ceux de Joseph Djogbénou, président de l’Union progressiste le Renouveau parachuté à Abomey, loin de la 16ᵉ circonscription électorale où il avait toute légitimité naturelle. Quant à Orden Alladatin, figure politique du même parti connue et fidèle parmi les fidèles, il est lui aussi retiré de la 16ᵉ pour être repositionné dans la 6ᵉ circonscription. Pour beaucoup d’avertis, ces repositionnements ont été faits pour satisfaire des hommes politiques sans convictions, sans constance, et qui ne veulent même pas assumer un mandat entier avant de changer de camp. Le résultat est fort, les loyaux sont déplacés, les instables sont récompensés.
Deux poids, deux mesures
Pendant que les députés « traîtres » ont été récompensés pour leur acte qui ne mérite d’être enseigné dans aucune école de politique, ceux qui ont voté contre la révision de la Constitution en 2024 ont été punis. Ils ont tous été purement et simplement éjectés des listes sans explication publique, sans justification politique cohérente. Il s’agit de Lazare Sèhouéto, Justin Agbodjèté, Lambert Agongbonon, Eustache Akpovi, Edmonde Fonton et Malick Gomina qui ont fini pourtant par garder une ligne claire et assumer leur position. Ils ont payé leur indépendance d’esprit et leur refus de se plier systématiquement aux intérêts du moment. En privilégiant les démissionnaires et en sanctionnant les fidèles, la mouvance envoie un message clair, la loyauté n’est plus récompensée, la trahison est le raccourci le plus sûr vers la promotion politique. Cette méthode divise, fragilise et installe la suspicion au sein des deux grands blocs de la majorité. Elle donne également une image déplorable d’un système où les convictions politiques sont devenues facultatives, où les transferts de camp sont encouragés et où les militants disciplinés sont relégués au second plan. En donnant aux transfuges Les Démocrates une place centrale dans les listes de la mouvance, Patrice Talon semble privilégier une logique d’affaiblissement stratégique du parti d’opposition. Néanmoins, ce calcul à court terme pourrait se retourner contre lui. Tout cela risque de fissurer la cohésion interne, de créer des rancœurs et de renforcer l’idée que la mouvance ne repose plus sur un projet, mais sur une gestion opportuniste des ambitions individuelles.
Alassane Touré