Le gouvernement nigérian a déclenché une vague d’étonnement à travers le pays : la consommation de la peau de bœuf, appelée Ponmo, semble désormais interdite. Un aliment pourtant incontournable dans les sauces, les ragoûts et les cuisines populaires. Mais derrière cette décision apparemment insolite se cachent des motivations économiques lourdes, liées à l’industrie locale du cuir.
Au Nigeria, ce qui ressemblait à une simple habitude culinaire est devenu une affaire d’État. Le gouvernement a lancé une vaste campagne nationale pour bannir la consommation du Ponmo, cette peau de bœuf très appréciée dans les foyers et omniprésente dans les plats traditionnels comme la sauce gombo.
En effet, avec un slogan pour le moins déroutant « Portez votre cuir, ne le mangez pas », les autorités veulent mettre un terme à un usage alimentaire pourtant culturellement ancré. À la tête de cette campagne, le professeur Nanyelugo Ike-Muonso, directeur général du Centre de recherche et de développement des matières premières, a détaillé les raisons d’une telle mesure. Selon lui, la consommation massive de la peau du bœuf prive les industries locales de matières premières essentielles à la production et à l’exportation du cuir. Les peaux animales représentent en effet l’un des matériaux industriels les plus précieux du pays. Et les enjeux sont colossaux : le marché nigérian du cuir pourrait atteindre 4,96 milliards de dollars d’ici 2033, presque deux fois sa valeur actuelle. Mais, déplore le professeur Ike-Muonso, « le détournement constant des peaux pour la consommation affaiblit notre secteur du tannage, réduit la qualité de nos productions et compromet la compétitivité du Nigeria sur le marché mondial du cuir ». Le gouvernement assure toutefois ne pas vouloir heurter les traditions. Sa démarche, dit-il, n’a pas pour objectif d’interférer dans les choix alimentaires, mais de protéger une ressource stratégique pour l’économie nationale.
Le Nigeria n’est pas un cas isolé dans la région. La peau de bœuf est aussi un ingrédient populaire ailleurs en Afrique de l’Ouest et centrale. Kpanman au Bénin, Kplo en Côte d’Ivoire, Egni Beakpaze au Togo ou encore Kanda au Cameroun, la peau de bœuf est incontournable dans les cuisines. Mais c’est bien à Abuja que la première interdiction officielle semble tomber, transformant un mets de tous les jours en sujet brûlant de débat public.
Gildas AHOGNI