Débutées depuis le 25 septembre, les manifestations contre les pénuries d’eau et d’électricité se sont transformées en une révolte politique. Malgré la dissolution du gouvernement, la rue reste mobilisée et les pressions internationales s’intensifient.
Dans la capitale Antananarivo comme à Antsiranana ou Toliara, des foules rassemblant des milliers de personnes réclament désormais le départ du président Andry Rajoelina, accusé d’inaction et de dépendance vis-à-vis de soutiens étrangers. Nées du ras-le-bol face aux coupures d’électricité et aux pénuries d’eau, elles sont portées par le mouvement « Gen Z Madagascar », qui fédère une jeunesse connectée, déterminée et largement auto-organisée.
Alors que la dissolution du gouvernement le 29 septembre n’a pas calmé la rue, l’opposition, d’abord prudente, a rejoint le mouvement. Des figures politiques, dont l’ancien président Marc Ravalomanana et l’opposant Siteny Randrianasoloniaiko, soutiennent désormais les manifestants. En parallèle, des syndicats de secteurs stratégiques, comme l’électricité et l’eau, se sont associés à l’appel à la grève générale, accentuant le climat de blocage.
Des violences préoccupantes
Les forces de l’ordre multiplient les opérations de dispersion, parfois violentes. Amnesty International a dénoncé un usage « illégal et excessif » de la force, rappelant qu’au moins 22 morts et une centaine de blessés, dont des enfants, ont été recensés. « Manifester n’est pas un délit – c’est un droit », insiste l’ONG, appelant à l’ouverture d’enquêtes sur les homicides et à la libération des manifestants arrêtés pour leur engagement pacifique.
Une pression internationale croissante
Les inquiétudes dépassent les frontières malgaches. L’ONU et plusieurs partenaires financiers soulignent que l’instabilité politique pourrait entraîner la suspension d’importants appuis économiques. Dans ce contexte, Amnesty International exhorte le gouvernement à abroger une loi répressive datant de 75 ans, encore utilisée pour criminaliser les protestations. Emmanuel Macron et d’autres dirigeants régionaux appellent à la retenue et au dialogue, mettant en garde contre une aggravation de la crise.
La contestation à Madagascar illustre un vent générationnel qui dépasse le pays. La jeunesse africaine descend de plus en plus dans la rue pour exiger des comptes. Après les mobilisations massives au Maroc, où des milliers de jeunes ont récemment dénoncé la précarité et l’injustice sociale, le cas malgache confirme que la nouvelle génération refuse de subir en silence.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU