Le président béninois, Romuald Wadagni, a effectué, les 4 et 5 octobre 2026, une visite officielle en France. Il s’agissait de son premier déplacement officiel dans l’Hexagone depuis son investiture, le 24 mai 2026. Par Éric Topona.
Dès sa prise de fonction, le nouveau chef de l’État béninois a placé la diplomatie au cœur de son agenda. Ses premières sorties officielles l’ont conduit en Afrique de l’Ouest, notamment auprès de plusieurs pays voisins membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), dans un contexte régional marqué par de profondes recompositions géopolitiques et des tensions persistantes.
Arrivé à Paris le dimanche 4 octobre, Romuald Wadagni a participé au dîner officiel d’Africa-France Impact. Le lendemain, il a été reçu au palais de l’Élysée par son homologue français, Emmanuel Macron. Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers prioritaires de la coopération bilatérale, notamment l’énergie, la formation professionnelle, la sécurité et la culture.
Signature d’accords stratégiques de financement
À l’issue de cette visite, la France et le Bénin ont conclu plusieurs accords représentant un montant global de 65,5 millions d’euros, soit plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, avec le concours de l’Agence française de développement (AFD) et de Bpifrance, la banque publique d’investissement française.
Les financements concernent plusieurs secteurs stratégiques pour l’économie et la cohésion sociale béninoises :
l’agriculture et le développement rural ;
l-a santé, notamment avec la création d’un laboratoire d’expertise ADN ;
– la formation et l’insertion professionnelle des jeunes ;
-l’énergie, avec l’extension du réseau électrique et l’objectif de réaliser 120 000 nouveaux branchements sous la responsabilité de la Société béninoise de l’énergie électrique (SBEE).
Le volet énergétique constitue un enjeu majeur pour le Bénin. Sous les deux mandats de Patrice Talon, prédécesseur de Romuald Wadagni, le pays avait engagé d’importants investissements en faveur de l’industrialisation et de la diversification de son économie.
Cette politique s’est notamment appuyée sur la création de zones industrielles spécialisées dans des secteurs tels que le textile, l’agroalimentaire, les produits pharmaceutiques, les matériaux de construction, l’électronique et l’automobile.
Réduire la dépendance énergétique
Le défi énergétique demeure toutefois considérable. Selon l’Autorité de régulation de l’électricité du Bénin, le pays dépendait encore, en 2024, de ses voisins pour 62 % de son approvisionnement électrique.
L’institution indique également qu’en 2023, le taux d’accès à l’électricité s’établissait à 57 %, avec de fortes disparités entre les zones urbaines et rurales.
L’objectif affiché par les autorités béninoises est d’atteindre l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le gouvernement mise notamment sur :
– l’augmentation de la capacité nationale de production ;
– le développement du solaire photovoltaïque, avec une cible de 30 % du mix énergétique ;
– l’extension progressive des réseaux électriques dans les zones rurales.
Lutte contre le djihadisme et coopération sécuritaire
La lutte contre le terrorisme constitue également l’un des principaux axes de la coopération franco-béninoise. Alors que le phénomène djihadiste gagne du terrain dans plusieurs pays du Sahel et du golfe de Guinée, Cotonou cherche à renforcer les capacités de ses forces de défense et de sécurité.
La coopération militaire franco-béninoise s’articule autour de deux volets.
Sur le plan opérationnel, elle porte notamment sur la formation au déminage, le renforcement des capacités des Forces armées béninoises (FAB), la fourniture d’équipements spécialisés et le perfectionnement des unités engagées dans les opérations de sécurité.
Sur le plan structurel, Paris accompagne notamment le Centre de perfectionnement aux actions post-conflictuelles de déminage et de dépollution (CPADD), basé à Cotonou. Cette école à vocation régionale forme des personnels civils et militaires aux opérations de déminage et aux interventions humanitaires.
La coopération concerne également l’Académie logistique de Ouidah (ALO), présentée comme un centre d’excellence consacré notamment à la gestion des matériels et à la formation logistique.
Restitution du patrimoine culturel
La question du patrimoine culturel a également occupé une place importante dans les discussions entre les deux dirigeants.
Le président Romuald Wadagni a officiellement sollicité la restitution de 35 nouvelles œuvres provenant notamment des anciens royaumes du Dahomey et de Porto-Novo. Conservées en France, notamment au musée du Louvre et au musée du Quai Branly, ces pièces comprennent entre autres le siège du roi Toffa de Porto-Novo ainsi qu’une représentation du dieu des forgerons, Gou.
Cette nouvelle demande s’inscrit dans le prolongement du processus de restitution engagé entre Paris et Cotonou. En novembre 2021, la France avait déjà restitué au Bénin 26 trésors royaux d’Abomey, marquant une étape importante dans la coopération culturelle entre les deux pays. En mars 2026, un comité scientifique a été mis en place par décret présidentiel et a été accepté par les deux pays : Bénin et France. Ce comité est composé d’une équipe de six personnes et est dirigé par Alain Godonou, expert du patrimoine et conservateur. En font également partie le directeur du Patrimoine culturel et l’historienne de l’art Marie-Cécile Zinsou, spécialiste des questions de restitution. Dans les prochains jours, la France rendra également publique la liste des experts devant faire partie du comité.
Une relation privilégiée dans un contexte géopolitique tendu
En faisant de la France sa première destination officielle hors du continent africain, le président béninois réaffirme l’importance stratégique accordée au partenariat entre Paris et Cotonou.
Cette proximité intervient dans un environnement ouest-africain profondément bouleversé par les coups d’État, les changements de régime et la montée d’un sentiment antifrançais, alimenté par différentes campagnes d’influence.
Le Bénin, souvent présenté comme l’un des pôles de stabilité démocratique de la région, n’échappe pourtant pas aux tensions géopolitiques qui traversent l’Afrique de l’Ouest.
Cette stabilité avait notamment été mise à l’épreuve lors de la tentative de déstabilisation du 7 décembre 2025. Dans ce contexte, l’appui français en matière de renseignement, de surveillance et de coopération sécuritaire, à la demande du gouvernement béninois, avait contribué, selon les autorités concernées, à renforcer les capacités des forces béninoises face à la menace.
La consolidation du partenariat franco-béninois apparaît ainsi comme un choix stratégique pour les deux capitales. Pour Cotonou, il s’agit de diversifier ses capacités de financement, de renforcer ses infrastructures et de consolider sa coopération sécuritaire tout en poursuivant la récupération de son patrimoine culturel. Pour Paris, le Bénin constitue un partenaire important dans une région où l’influence française est de plus en plus contestée.
En renouvelant leurs engagements, Paris et Cotonou veulent ainsi démontrer qu’une relation entre l’Europe et l’Afrique peut évoluer vers un partenariat davantage fondé sur les intérêts réciproques, la coopération et la prise en compte des contentieux historiques.
Au-delà des déclarations diplomatiques, le véritable enjeu sera désormais de transformer ces engagements en résultats concrets pour les populations béninoises.