Ce samedi, le Bénin a célébré le 66ème anniversaire de son indépendance. Et devant le monde entier, le défilé qui a caractérisé les manifestations entrant dans le cadre de cette célébration a exposé, au grand jour, bien de faits qui laissent des interrogations révélatrices de l’influence que l’ancien président Patrice Talon pourrait continuer à avoir sur les prises de décisions au sommet de l’État.
Ce Samedi 1er Août 2026, les béninois ont été témoins de trois faits majeurs dans la commémoration de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale. Le timing de l’arrivée de l’ancien président Patrice Talon à l’esplanade de l’amazone où a lieu le défilé, sa place au podium et le bain de foule qu’il s’est offert après le défilé. A y voir de près, ces faits traduisent une influence de l’ancien président sur l’appareil d’État. Sa volonté de vouloir être discret ne traduit pas moins un casting de coulisses dont il serait la tête pensante. L’apparence des choses montre un ancien président qui a voulu être un peu discret en venant discrètement sur les lieux, ne cherchant pas à s’asseoir devant et évitant toutes accolades et conciliabules avec son successeur.
Mais seulement voilà, sa discrétion soulève d’autres appréhensions: celles d’un tireur de ficelles dans l’ombre et d’un personnage qui aurait tout goupillé dans l’ombre. La première appréhension vient du fait qu’il n’a devancé le Président Wadagni sur les lieux de quelques minutes. Il aura réussi à faire un petit biais sur le protocole en venant au défilé selon un planning spécial, bien différent de celui de Boni Yayi, ancien Président comme lui mais venu plus tôt. Il aura réussi ensuite à se trouver une place en second plan, bien loin de son prédécesseur assis devant. Depuis plusieurs décennies déjà, les anciens présidents de la République ont toujours eu une place devant. Talon a réussi à en avoir sa sienne un peu en arrière-plan.
Si dans les indiscrétions du protocole d’Etat, on agite son souhait de ne pas s’asseoir loin de sa femme moins favorisé par le protocole et la présence, un stratagème révélateur d’une influence politique de ce dernier dans la conduite des affaires publiques au haut niveau. Son arrivée quelques minutes avant le Président Wadagni pourrait être vu comme une manière pour Talon de rivaliser avec son successeur venu quelques minutes après sur les lieux. Les officiels, les spectateurs et le public béninois qui ont suivi le défilé à la télévision n’avaient pas fini de digérer l’arrivée de Patrice Talon sur place avant que son successeur n’arrive. L’arrivée donc de Romuald Wadagni aura été étouffée dans l’ombre par celle très rapprochée de Patrice Talon.
A l’analyse, s’il a réussi à poser ces deux actes selon sa volonté c’est qu’il a les coudées franches pour imposer ses choix au protocole d’Etat. Ce que son prédécesseur Boni Yayi n’a pas pu se l’offrir. D’autres observateurs ont remarqué également son arrivée dans un véhicule présidentiel presque identique à celui de son successeur. Détail dérangeant: une immatriculation assimilant son véhicule à une présidentielle. S’il a quitté le pouvoir il y a moins de trois mois, il garde sûrement quelques prestiges de son ancienne responsabilité nationale. Après le défilé, le président de la République Romuald Wadagni n’a pas voulu saluer son prédécesseur.
Ce qui a surpris plus d’un. A défaut d’accolades à son successeur, Patrice Talon s’est offert une plus grande attention et un bain de foule à sa taille. Un bain de foule plus impressionnant, diront même certains qui voient le nouveau chef d’Etat se faire ravir la vedette sur ce plan par Patrice Talon venu sur les lieux avec discrétion mais reparti presque en héros comme il l’a été il y a un an. Ministres, conseillers au palais, députés…presque tous ont a couru vers lui pour aller saluer et faire allégeance au très influent ancien Président.
De toute évidence, le timing de l’arrivée de Talon aux lieux du défilé, sa position dans l’espace réservé aux grandes personnalités de son rang, l’attitude du président en exercice qui ne l’a pas salué à son arrivée et son bain de foule qui a supplanté celui de Romuald Wadagni traduisent sans équivoque la taille de la portion du pouvoir que détient encore l’ex président dans le pouvoir d’Etat et son éventuelle influence sur les décisions qui se prennent dans la conduite des affaires publiques au sommet.
Une chose est claire, l’avènement de Romuald Wadagni au pouvoir comme Président de la République semble révéler un autre » presque-président » de la République. Son prédécesseur qui n’a hélas quitté la fonction que dans l’apparence
Norbert Adjakoun