Pendant plusieurs mois, Reporters sans frontières (RSF) a mené une enquête approfondie sur le Bataillon d’intervention rapide de la communication (BIR-C), un réseau accusé d’orchestrer des campagnes de désinformation et de harcèlement contre les journalistes au Burkina Faso. L’organisation affirme avoir identifié plusieurs de ses membres, dont le ministre de la Défense, révélant les rouages d’un dispositif numérique au service de la junte.
L’organisation Reporters sans frontières (RSF) affirme avoir levé le voile sur l’une des principales machines de propagande numérique du Burkina Faso. Au terme d’une enquête s’appuyant notamment sur des analyses OSINT, des conversations WhatsApp ayant fuité et des recoupements minutieux, l’ONG dit avoir identifié plusieurs acteurs du Bataillon d’intervention rapide de la communication (BIR-C), une milice numérique accusée de défendre le régime du capitaine Ibrahim Traoré en ciblant journalistes et voix critiques.
En effet, à en croire RSF, le BIR-C ne serait pas un simple regroupement spontané de sympathisants. Derrière cette appellation se cacherait un réseau structuré réunissant activistes, comptes anonymes, personnalités proches du pouvoir et même des responsables de l’État. L’enquête va jusqu’à établir un lien avec le ministre burkinabè de la Défense, Célestin Simporé, dont le numéro de téléphone aurait été identifié dans un groupe WhatsApp interne attribué au BIR-C.
Une enquête qui met au jour les méthodes du BIR-C
L’un des principaux apports de l’investigation concerne le mode opératoire de cette milice numérique. RSF décrit une mécanique bien huilée mêlant désinformation, photomontages, rumeurs, insultes, menaces et campagnes coordonnées de discrédit. La journaliste de Sky News, Yousra Elbagir, en a fait les frais après la diffusion d’un documentaire remettant en cause le récit officiel sur la situation sécuritaire au Burkina Faso. En moins de deux semaines, des dizaines de publications hostiles l’ont qualifiée de « mercenaire de la presse » ou d’« agent d’influence », tandis que de fausses informations circulaient sur son prétendu licenciement ou sur une supposée tentative d’extorsion d’argent auprès des autorités.
Grâce à ses investigations, RSF attribue le rôle central de cette campagne à Wangnin Zerbo et à Bationo de Kyon, deux membres revendiqués du BIR-C, dont l’implication a été confirmée par l’analyse de leurs numéros de téléphone. L’enquête met également en évidence une troublante succession entre certaines campagnes de dénigrement et des mesures prises contre des journalistes. Les cas de Yacouba Ladji Bama, de Guezouma Sanogo ou encore d’Atiana Serge Oulon illustrent, selon RSF, un climat où les attaques numériques précèdent parfois arrestations, réquisitions forcées ou disparitions.
Autre révélation majeure tourne autour des échanges attribués au groupe montrant le ministre de la Défense appelant les membres à diffuser une fausse information visant un responsable ivoirien afin d’influencer l’opinion publique. Sollicité par RSF, Célestin Simporé n’a pas répondu aux demandes de l’organisation.
En documentant l’identité présumée des membres du BIR-C, leurs méthodes et leurs liens supposés avec les plus hautes autorités, RSF signe l’une de ses enquêtes les plus sensibles sur le Burkina Faso. L’organisation estime que ces révélations illustrent l’existence d’une véritable machine numérique de propagande et d’intimidation dirigée contre la liberté de la presse.
ASG