Avec une grille tarifaire prévisionnelle qui fait grimper le coût de la formation jusqu’à 236 000 FCFA pour 30 heures et près de 700 000 FCFA pour 120 heures, la réforme annoncée dans le secteur des auto-écoles suscite déjà de nombreuses interrogations. Si l’objectif est d’améliorer la qualité de la formation et la sécurité routière, plusieurs observateurs craignent qu’un permis de conduire ne devienne progressivement un privilège réservé aux plus aisés.
La professionnalisation de la formation à la conduite est une nécessité. Personne ne peut sérieusement contester qu’un conducteur bien formé représente un gage de sécurité pour lui-même et pour les autres usagers de la route. Cependant, la réforme qui se dessine autour des auto-écoles et des futurs centres de formation de l’ANaTT soulève une question essentielle : à quel prix ?
En effet, les documents diffusés par la Fédération des Auto-écoles Agréées du Bénin présentent une estimation de 236 000 FCFA pour une formation standard de 30 heures. Pire encore, une formation de 120 heures pourrait coûter 698 000 FCFA. Pour une grande partie des ménages béninois, de tels montants représentent plusieurs mois de revenus. Dans un pays où de nombreux jeunes peinent déjà à financer leurs études, leur insertion professionnelle ou même leur mobilité quotidienne, rendre le permis de conduire aussi coûteux risque de créer une nouvelle forme d’exclusion. Pourtant, le permis n’est plus un simple document administratif. Il est devenu, dans plusieurs secteurs, une condition d’accès à l’emploi.
La volonté de renforcer les exigences pédagogiques est compréhensible. Oui, il faut lutter contre les permis obtenus sans véritable apprentissage. Oui, il faut améliorer le niveau des conducteurs. Mais cette ambition ne doit pas se transformer en une barrière financière infranchissable. L’arrivée annoncée des centres de formation de l’ANaTT dans tous les départements pourrait également bouleverser l’équilibre économique des auto-écoles privées. Beaucoup s’interrogent déjà sur leur capacité à survivre face à un nouveau modèle qui exigera davantage d’investissements, de personnel qualifié et de moyens matériels.
Par ailleurs, au-delà du coût de la formation, c’est aussi le temps nécessaire pour obtenir le permis qui pourrait s’allonger. Entre les heures obligatoires, les évaluations et les nouvelles procédures, certains candidats pourraient être découragés avant même d’avoir commencé.
Une réforme réussie ne se mesure pas uniquement à son niveau d’exigence, mais aussi à son accessibilité. L’État devra donc trouver le juste équilibre entre qualité, sécurité routière et justice sociale. Car si demain le permis de conduire devient un luxe, ce ne seront pas seulement les candidats qui en paieront le prix, mais aussi l’économie, l’emploi et la mobilité de toute une génération.


ASG