Après la signature du mémorandum d’entente entre Washington et Téhéran, la rencontre prévue le 19 juin en Suisse doit officialiser le lancement des négociations destinées à transformer cet accord-cadre en règlement durable du conflit. Ce rapprochement diplomatique pourrait offrir un répit à de nombreuses économies africaines durement affectées par la crise depuis plusieurs mois.
Depuis la fin du mois de février, les répercussions du conflit se sont déjà fait sentir sur le continent. Selon un rapport conjoint de la Commission de l’Union africaine, de la Banque africaine de développement (BAD), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), publié le 2 avril à Tanger, la flambée des prix du pétrole, la dépréciation de 29 monnaies africaines et la hausse des coûts du transport maritime ont fragilisé plusieurs économies africaines, au point de menacer jusqu’à 0,2 point de croissance continentale en 2026. Le rapport rappelle également que le Moyen-Orient représente 15,8 % des importations africaines et 10,9 % des exportations du continent, illustrant la forte interdépendance entre les deux régions.
C’est dans ce contexte que l’accord attendu entre Washington et Téhéran est perçu comme une opportunité pour l’Afrique. Le premier effet positif pourrait être une stabilisation des prix de l’énergie. La réouverture complète des principales routes maritimes du Golfe et la réduction des tensions autour du détroit d’Ormuz devraient favoriser un meilleur approvisionnement du marché mondial en pétrole et en gaz. Pour les pays africains importateurs d’hydrocarbures comme le Bénin, le Sénégal ou encore le Maroc, une baisse des cours internationaux pourrait contribuer à réduire les dépenses énergétiques, à freiner l’inflation et à soulager les finances publiques.
L’accord pourrait également avoir des effets bénéfiques sur le commerce international. Les perturbations observées ces derniers mois en mer Rouge et dans le Golfe ont entraîné une augmentation des coûts du fret maritime et des primes d’assurance. Une amélioration de la sécurité dans la région permettrait de fluidifier les échanges commerciaux entre l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient, réduisant ainsi les coûts d’importation pour les entreprises africaines.
Les relations économiques entre l’Afrique et les pays du Golfe sont devenues particulièrement importantes ces dernières années. En 2024, les échanges commerciaux entre les Émirats arabes unis et l’Afrique ont atteint environ 107 milliards de dollars, tandis que les investissements émiratis sur le continent ont dépassé les 118 milliards de dollars sur les cinq dernières années. Une détente durable au Moyen-Orient pourrait renforcer cette dynamique en favorisant de nouveaux investissements dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et les technologies.
La normalisation progressive des relations avec l’Iran pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives de coopération économique. Plusieurs pays africains pourraient bénéficier d’un accès plus facile aux produits pétrochimiques, aux engrais et à certains équipements industriels iraniens si les sanctions internationales venaient à être allégées.
Toutefois, les observateurs appellent à la prudence. L’accord annoncé constitue avant tout une étape vers une normalisation plus large et sa réussite dépendra de la capacité des deux parties à respecter leurs engagements dans les mois à venir. Néanmoins, pour de nombreux pays africains confrontés aux effets de la hausse des prix de l’énergie, du ralentissement du commerce et des tensions inflationnistes, cette initiative diplomatique représente déjà un signal encourageant.
Le » Islamabad Memorandum of Understanding » signé entre Washington et Téhéran prévoit notamment un cessez-le-feu immédiat sur tous les fronts, la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée progressive du blocus naval américain et l’engagement de l’Iran à garantir la libre circulation des navires commerciaux. Le texte ouvre également une période de négociations de 60 jours sur les questions les plus sensibles, notamment le programme nucléaire iranien, la levée des sanctions internationales, le dégel des avoirs iraniens à l’étranger et la mise en place d’un mécanisme de suivi sous supervision internationale. Il prévoit en outre la reprise des exportations pétrolières iraniennes, un programme de reconstruction économique estimé à 300 milliards de dollars avec l’appui de partenaires régionaux, ainsi qu’un engagement de Téhéran à ne pas développer d’armes nucléaires.
Pour l’Afrique, cet accord-cadre offre avant tout une perspective de stabilité. Dans un contexte mondial marqué par les crises géopolitiques, tout apaisement au Moyen-Orient constitue une bonne nouvelle pour un continent dont la croissance dépend largement de la fluidité du commerce international, de l’accès à l’énergie et de l’attractivité des investissements étrangers.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU