Dans quelques heures, les rideaux tombent sur la campagne électorale pour l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Pendant des jours, les deux duos en lice, Wadagni – Talata et Hounkpè – Hounwanou ont sillonné plusieurs villes pour faire adhérer les populations à leurs idéaux. Entre promesses électorales et propos réalistes, les verbes sont allés dans tous les sens. Votre rédaction se propose de vous faire le récap
Que doit-on garder des propos lancés par les différents candidats à l’élection présidentielle ? À Tanguiéta, Romuald Wadagni a fait une importante promesse aux Aspirants aux métiers de l’enseignement. En campagne dans l’Atacora le dimanche 29 mars, le candidat de la mouvance présidentielle a fait de la précarité des Aspirants aux métiers d’enseignants (Ame) un axe majeur de son discours. « Vous allez tous intégrer la fonction publique. La seule différence aujourd’hui, c’est votre retraite. Je vous garantis que vous y aurez droit, avec un niveau de vie digne », a martelé le candidat. Pour Romuald Wadagni, un enseignant ne devrait jamais vivre dans l’incertitude du lendemain. Il s’agit d’abord de renforcer tout le système éducatif en garantissant la présence d’un enseignant dans chaque classe, pour chaque enfant.
« Le métier d’enseignant ne doit plus être un parcours de précarité, mais un sacerdoce respecté. Nous nous engageons à ce que les Ame sortent définitivement de l’incertitude pour devenir des piliers épanouis de notre nation. Votre dignité est la condition sine qua non de la réussite de nos enfants et du rayonnement de Tanguiéta. » a déclaré Romuald Wadagni tout en ajoutant que son ambition est plus globale, permettre à chaque enseignant de vivre décemment, de prendre soin de sa famille et d’envisager l’avenir avec sérénité, y compris à travers une retraite méritée. Aux agriculteurs, Romuald a dit qu’il connait leurs réalités, ce qui les freine, mais aussi ce qui fonctionne. « Accès aux intrants, financement, débouchés : ce sont des enjeux concrets auxquels nous devons répondre. Je crois au travail de la terre et à la richesse qu’il apporte à nos communautés. Nous allons avancer ensemble pour permettre à chaque agriculteur de vivre dignement de son activité », a-t-il lancé.
A Bohicon, dans son intervention, le candidat a présenté les axes majeurs de son projet pour la ville carrefour. Parmi les priorités annoncées figure la construction d’un marché ultramoderne aux normes internationales, destiné à améliorer les conditions de travail des femmes commerçantes. La question de l’accès au microcrédit a également été évoquée. Le candidat a indiqué que les mécanismes seront assouplis afin de permettre à un plus grand nombre de femmes de développer des activités génératrices de revenus. Abordant la problématique de l’emploi, Romuald Wadagni a mis l’accent sur la création d’opportunités en faveur des jeunes, tout en évoquant la nécessité de garantir de meilleures conditions de retraite aux travailleurs. Dans la ville de son challenger, Romuald Wadagni a martelé :
« Bopa est une ville riche et belle qui mérite que l’on mette l’accent sur elle. Je connais vos difficultés : le manque de poisson dans le lac, les mères qui peinent à écouler leurs marchandises et le chômage des jeunes. Si nous développons Bopa, c’est tout le pays qui s’enrichit. Je suis au courant et, main dans la main, nous allons faire avancer les choses pour transformer ce potentiel en bien-être réel. ». A Tori, le candidat de la mouvance a lancé : « Tori a des potentialités, mais des jeunes quittent ici et deviennent des conducteurs de taxi-moto à Cotonou. Nous allons travailler à définitivement finir avec ce phénomène. Pour cela, nous allons mettre en place des structures pondeuses de poussins que les gens pourront commercialiser pour gagner leurs vies ». Une série de propos du dauphin de Patrice Talon par rapport auxquels les populations le coteront dès son accession à la magistrature suprême.
Paul Hounkpè entre pics et vérités
A cours de sa campagne électorale, le candidat du parti Force cauris pour un Bénin émergent n’a pas hésité à attaquer parfois les réformes très controversées du régime défunt. « Si un ministre vient ici et vous parle, demandez-lui combien il gagne d’abord », a-t-il lancé tout en insistant sur la nécessité de réduire le train de vie de l’État, notamment par une diminution du nombre de ministères. Portant au cœur les réalités sociales auxquelles sont confrontées les populations, il a promis de faciliter l’accès aux soins de santé pour tous, avec la construction de centres de santé de proximité sur tout le territoire national. En matière de santé, Paul Hounkpè défend une approche centrée sur l’accessibilité, privilégiant le renforcement des plateaux techniques existants et l’incitation au retour des professionnels de santé de la diaspora.
Le candidat de l’opposition est revenu sur l’emprisonnement systématique des gens qui essaient de créer des boissons. Il a promis qu’une fois élu, l’État va soutenir les producteurs de boissons « made Adja » pour améliorer la qualité de leur produit afin de bâtir véritablement la fierté béninoise. « Nous allons créer le Sobradja et permettre à ceux qui fabriquent les boissons de vivre ». Il a promis de prendre des dispositions pour l’installation d’usines pouvant transformer les produits agro-alimentaires (jus d’orange, jus de tomate). « Dès mon élection, le prix d’achat de l’aileron reviendra à 1200 francs Cfa ». A Pobè, Kétou, Savè et Savalou, il s’est engagé à œuvrer pour le retour des exilés politiques et la libération des prisonniers politiques, convaincu que la participation de tous les Béninois est essentielle pour le développement et l’essor du pays. L’ancien maire de Bopa a insisté sur la nécessité de rassembler les Béninois autour de l’essentiel : le développement du pays dans l’unité.
Dans ses interventions, Paul Hounkpè est revenu sur plusieurs préoccupations concrètes notamment le coût jugé élevé des marchés modernes, le recul des libertés publiques et la nécessité de réformer le cadre légal. À ce titre, il a réaffirmé son engagement pour une relecture du Code du numérique et la dépénalisation des délits de presse, dans une logique de renforcement de la liberté d’expression. Sur le plan économique, le candidat plaide pour une économie plus ouverte, dénonçant la concentration de certains secteurs et proposant des mécanismes de régulation pour sécuriser les revenus des producteurs agricoles. « L’Avocat d’un Béninois aujourd’hui, c’est ses pieds. Ça lui permet de fuir et d’échapper à la Prison. (….) Peut-être que ma place est déjà à Missérété à l’heure où je parle devant vous lors de ce Meeting. (…) Si vous perdez les vôtres, faites d’abord un tour à la Prison de Missérété pour vérifier s’il n’est pas là-bas… »,
«La pauvreté extrême explique la hausse du prix des poissons. Le fromage fait à base de soja appelé » Amon soja » est devenu la norme dans toutes les familles. Trop c’est trop pour ce fromage. Les béninois veulent manger de meilleurs repas maintenant. Ou bien ? On veut manger 3 fois au moins désormais + le petit déjeuner. Avant que ne soit ainsi, notre loi fondamentale c’est à dire la constitution sera soumise à chacun de vous dans un référendum pour vous demander si vous voulez que ça reste comme tel avec les réformes qui consistent pour un élu à faire 7 ans. 7 ans je vous dit. Si quelqu’un fait 7 ans il va vouloir ajouter 7 ans encore. Ça fait combien au total ?», « J’ai appelé un SG et je lui ai dit : vous avez appelé à voter pour mon adversaire. Si je suis élu, je vous prendrai comme mes opposants. Parce que vous avez pris une position politique tranchée et je vous traiterai comme tel », « Normalisez les relations avec le Niger et ouvrez les frontières.
Ce n’est pas normal que le maïs soit dans magasins et que nos frères nigériens aient besoin et qu’on ne puisse pas les aider ». Ce sont quelques dires de Paul Hounkpè au cours de sa campagne. Rock Judicaël Hounwanou, quant à lui, a adopté un ton offensif, axé sur les réformes institutionnelles et judiciaires. « On ne peut pas finir de serrer les ceintures et aller prendre des fils de fer » dixit Rock Hounwanou. Selon lui, « la solution de ce pays ne viendra pas de la continuité ».
Alassane Touré