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Football africain : Ces talents qui ne profitent pas au continent

L’Afrique de l’Ouest regorge de jeunes talents, mais les revenus tirés de leur formation et de leur transfert à l’étranger restent limités. Entre départs gratuits, championnats locaux peu attractifs et mécanismes de redistribution, les clubs formateurs peinent à tirer pleinement profit du travail accompli auprès de ces joueurs.

Football africain : Ces talents qui ne profitent pas au continent

Le football africain continue de révéler des joueurs capables de s’imposer dans les plus grands championnats. Mais derrière les performances de ces talents à l’étranger, une question se pose : quelle part des revenus générés par leur carrière revient réellement aux clubs qui les ont repérés et formés ? En effet, en Afrique de l’Ouest, l’exportation des jeunes footballeurs constitue une voie privilégiée pour de nombreuses structures de formation. Pourtant, les retombées financières ne sont pas toujours à la hauteur des efforts consentis pour encadrer ces joueurs.

Au Sénégal, au Ghana, en Côte d’Ivoire ou encore au Mali, les académies jouent un rôle important dans la détection et la formation des jeunes talents. Elles les préparent à rejoindre des clubs étrangers, notamment en Europe. Faute de championnats de jeunes suffisamment structurés et de débouchés professionnels attractifs, partir à l’étranger représente souvent l’une des principales perspectives pour ces jeunes footballeurs.« Nous organisons plusieurs tournois chaque année et des clubs européens viennent y faire de la détection, raconte Jean-Flaubert Nono, secrétaire général de l’Élite de football des boissons du Cameroun (EFBC), une école de formation basée à Douala. Beaucoup de clubs français, mais aussi des clubs portugais ou d’autres pays européens.

 Sur une promotion de onze joueurs, quatre ont rejoint un club européen la saison dernière » . Mais voir ses joueurs partir à l’étranger ne signifie pas forcément que l’on en tire des revenus importants. À en croire les données de Transfermarkt rapportées par Jeune Afrique dans son article publié le 8 août et actualisé le 14 septembre 2026, l’Asec Mimosas a enregistré 172 transferts de jeunes joueurs en dix saisons, dont seulement 13 payants, contre 58 départs gratuits. Au Sénégal, Génération Foot affiche trois transferts payants pour au moins 37 départs gratuits.

Derrière ces chiffres, une difficulté se dessine : les clubs qui détectent et forment les joueurs ne sont pas toujours ceux qui profitent le plus de leur progression. Lorsqu’un jeune rejoint gratuitement une structure étrangère, son club d’origine ne perçoit pas nécessairement d’indemnité immédiate. Quelques années plus tard, si le joueur s’impose et fait l’objet d’un transfert important, sa valeur peut pourtant atteindre des sommes considérables. Les clubs qui interviennent aux étapes suivantes de sa carrière sont alors les mieux placés pour en tirer profit.

Le chercheur en économie du sport Gérard Akindès établit une distinction entre les modèles économiques des clubs africains. « Les clubs sud-africains, égyptiens ou marocains ont bâti des marques autonomes reposant sur les droits de diffusion, les revenus commerciaux et le soutien gouvernemental. À l’inverse, l’Asec est devenue un maillon professionnalisé de la chaîne d’approvisionnement mondiale en talents », analyse-t-il. Il précise : « Sa pérennité dépend intrinsèquement du transfert systématique de ses meilleurs éléments ». 

Le parcours de Sadio Mané illustre cette succession d’étapes. Repéré au Sénégal, l’attaquant a rejoint Metz avant de poursuivre sa carrière à Salzbourg, Southampton puis Liverpool. À chaque étape, ses performances ont contribué à renforcer sa valeur sportive et marchande. Mais les structures africaines qui ont participé à ses débuts ne bénéficient pas nécessairement des mêmes retombées que les clubs qui l’ont accompagné par la suite.

Des championnats locaux à renforcer

Le problème ne se limite pas aux conditions dans lesquelles les joueurs quittent leur pays. Il tient aussi à la situation économique des championnats africains. Dans plusieurs pays, les clubs disposent de moyens limités et peinent à proposer des rémunérations capables de retenir leurs meilleurs éléments. Pour les jeunes footballeurs, l’Europe représente alors une perspective de progression sportive, mais aussi l’espoir d’une vie meilleure.

La situation est différente dans certains pays où les championnats locaux parviennent à conserver une bonne partie des internationaux. Dans son analyse, Jeune Afrique cite notamment l’Égypte et l’Afrique du Sud, où les joueurs des sélections nationales évoluent majoritairement dans le championnat local. Des compétitions mieux structurées, soutenues par les droits de diffusion, les revenus commerciaux et les investissements, donnent aux clubs davantage de moyens pour garder leurs meilleurs joueurs.

Pour Jean-Flaubert Nono, le désir de partir est également lié aux ambitions des jeunes footballeurs. « Nos joueurs sortent à 18 ans. À cet âge-là, ils rêvent d’Europe », explique-t-il. Difficile, dans ces conditions, de les convaincre de rester lorsque les perspectives sportives et financières semblent plus prometteuses à l’étranger. Le responsable de l’EFBC résume cet enjeu en une phrase : « Tant que les joueurs en Afrique ne vivent pas décemment de leur talent, ils seront tentés de s’expatrier ».

Pour les clubs ouest-africains, l’enjeu est donc de ne plus dépendre uniquement des départs pour assurer leur survie. Cela passe par des compétitions plus attractives, une meilleure gestion des clubs et des conditions permettant aux joueurs de poursuivre leur progression sur le continent. Il ne s’agit pas de retenir les talents à tout prix, mais de faire en sorte que leur départ profite aussi aux structures qui les ont formés.

Des mécanismes de redistribution encore insuffisants . 

Des dispositifs existent déjà pour permettre aux clubs formateurs de percevoir une partie des revenus liés à la carrière de leurs anciens joueurs. Depuis novembre 2022, la FIFA a renforcé le système de redistribution des indemnités de formation et des contributions de solidarité, dont la gestion est assurée par sa Chambre de compensation. Selon les chiffres rapportés par Jeune Afrique, près d’un milliard de dollars avait été attribué à plus de 7 500 clubs dans 120 pays.

Pour les structures africaines, ces mécanismes constituent une source de revenus supplémentaire. Mais ils ne suffisent pas toujours à compenser leurs difficultés financières. Les montants perçus varient selon les parcours et les transferts, tandis que les opérations les plus rémunératrices restent relativement rares. Le cas de Carlos Baleba en donne une illustration. Formé à l’EFBC au Cameroun, le milieu de terrain a rejoint Brighton après son passage à Lille, dans le cadre d’un transfert évalué à environ 27 millions de dollars d’après l’article de Jeune Afrique. Une opération de cette ampleur peut ouvrir des perspectives financières aux structures ayant participé à la formation du joueur.« La systématisation de ces compensations a changé la donne pour nous, reconnaît Jean-Flaubert Nono. Mais ce genre de transfert reste exceptionnel. Le plus souvent, ce sont de petites sommes qui arrivent ponctuellement ». Pour Gérard Akindès, le déséquilibre observé dans le football africain s’inscrit dans une logique économique plus large. « Les académies de football en Afrique reflètent la position globale du continent dans l’économie mondiale : celle d’un fournisseur de talents bruts pour un système qui génère de la valeur ailleurs », analyse-t-il. Une manière de souligner le décalage entre le travail réalisé en amont sur le continent et les revenus générés, plus tard, par les joueurs dans les grands championnats.

À cette difficulté financière s’ajoutent les risques auxquels sont exposés les jeunes footballeurs. La perspective d’une carrière européenne peut pousser certains à dépenser de l’argent pour participer à des détections ou répondre à des promesses de recrutement. Des faux agents profitent parfois de ces espoirs, au détriment des joueurs et de leurs familles, un phénomène également évoqué par Jeune Afrique. 

Selon l’enquête de Jeune Afrique, au-delà des transferts, la question reste celle des retombées économiques pour les clubs qui forment ces jeunes talents. Si les joueurs africains continuent d’alimenter les championnats européens, les structures qui les ont formés peinent encore à tirer pleinement profit de leur départ. 

Alola BIAOU

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La rédaction, Le Patriote

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