DRAME DU 17 JUIN 2023 AU STADE GMK : Où en sont les enquêtes depuis 3 ans ?
Le public, c’est le 12e homme. Celui qui chante, encourage et pousse les joueurs vers la victoire. Mais le 17 juin 2023, au stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou de Cotonou, deux supporters venus soutenir les Guépards ne sont jamais rentrés chez eux. Trois ans après ce drame, les circonstances de leur mort et les responsabilités éventuelles restent des sujets sur lesquels le public attend

toujours des réponses.
C’était lors de la 5e journée des éliminatoires de la CAN 2023. Le Bénin accueillait le Sénégal dans une rencontre qui s’est soldée par un nul (1-1). La présence de Sadio Mané avait suscité un engouement particulier auprès du public sportif béninois, venu nombreux assister à cette affiche. Mais avant même le coup d’envoi, la soirée a pris une tournure tragique. En effet, selon les informations rendues publiques à l’époque, une bousculade survenue à l’entrée W4 du stade a fait deux morts et plusieurs blessés.
Alors que d’autres secteurs pouvaient encore accueillir du public, de nombreux supporters s’étaient agglutinés à ce point d’accès. L’impatience de certains, qui auraient voulu forcer le passage pour s’assurer une place dans les tribunes, aurait contribué à cette situation tragique.
Ces supporters étaient venus vivre leur passion, encourager leur équipe nationale et partager un moment de communion autour du football. Ils ne se doutaient certainement pas que cette sortie, qui devait être une fête, allait tourner au drame.
Des enquêtes annoncées, mais toujours pas de conclusions publiques
Comme bonne démarche à l’époque, l’ancien président de la Fédération béninoise de football (FBF), Mathurin de Chacus, avait présenté ses condoléances aux familles endeuillées. Dans un communiqué, il avait exprimé, au nom du Comité exécutif, des acteurs du football et en son nom propre, sa tristesse face à la disparition des supporters. Il avait également évoqué la nécessité de situer les responsabilités, en précisant que la commission administrative disposait d’« un délai de 4 jours pour rendre son rapport ».
Dans la foulée, une enquête judiciaire a été annoncée pour déterminer les causes de cette bousculade et situer les éventuelles responsabilités. Le ministère des Sports avait aussi mis en place une commission d’enquête administrative, présidée par Marc Adjovi-Boco. Ladite commission était « chargée de faire toute la lumière sur le drame en vue de situer les responsabilités organisationnelles ».
En plus de ces initiatives, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de première classe de Cotonou, Jules Ahoga, avait indiqué sa volonté d’ouvrir une enquête judiciaire pour élucider les circonstances de ce drame occasionné par un mouvement de foule. Sous sa responsabilité, la Police avait été « instruite afin d’ouvrir une enquête pour élucider les circonstances précises des faits et situer les responsabilités ». C’était Une démarche qui laissait espérer que toute la lumière serait faite sur ce drame.
D’un délai de quatre jours, les jours sont désormais devenus des mois, puis des années. En juillet 2024, soit un an après les faits, les résultats des enquêtes n’étaient toujours pas rendus publics, selon les informations rapportées à l’époque. Depuis, aucune conclusion officielle clairement accessible au public ne permet d’établir quelles responsabilités ont été retenues ni quelles suites ont été données aux procédures annoncées.
Trois ans après, le public reste donc dans l’attente. Il ne s’agit pas de désigner des coupables sans preuves, encore moins de se substituer à la justice. Il s’agit de faire connaître les conclusions des investigations et les suites éventuellement données au dossier. Par ailleurs, l’accès gratuit au stade et l’affluence enregistrée ce jour-là figuraient parmi les éléments à prendre en compte dans l’analyse de l’organisation et de la gestion des flux de supporters. Il fallait notamment examiner les conditions d’accueil du public et le dispositif de sécurité mis en place pour cette rencontre.
Des familles qui méritent aussi un hommage
Les familles des victimes ont besoin de comprendre les circonstances dans lesquelles leurs proches ont perdu la vie. Faire la lumière sur les faits permettrait également de tirer les leçons nécessaires pour renforcer la sécurité dans les stades et éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.
Les deux supporters décédés ce jour-là n’étaient pas partis au stade pour y laisser leur vie. Ils avaient simplement quitté leur maison pour assister à un match de football. Comme tant d’autres, ils voulaient soutenir leur équipe nationale. La mort est survenue, emportant avec elle des vies et laissant des familles confrontées à une douleur qu’aucune victoire sportive ne saurait effacer.
Aujourd’hui, au-delà des enquêtes dont les conclusions restent attendues, un hommage national à ces deux supporters pourrait constituer un geste fort à l’endroit des familles endeuillées. Les efforts entrepris par le gouvernement dans différents domaines peuvent être salués, mais cette tragédie mérite également une attention particulière. Reconnaître la mémoire de ces victimes, c’est rappeler qu’elles étaient des citoyens partis vivre leur passion et qui ne sont jamais revenus.
Un tel hommage ne remplacerait ni la vérité ni les suites que la justice pourrait donner à ce dossier. Il ne dispenserait pas non plus les autorités de communiquer sur les enquêtes annoncées. Mais il témoignerait de la compassion de la nation envers ces familles, toujours confrontées à la perte de leurs proches.
Après tant d’années d’attente, les familles méritent de connaître les circonstances exactes du drame. Elles méritent aussi que la mémoire de leurs disparus ne s’efface pas avec le temps. Ces deux supporters n’avaient rien demandé d’autre que de vivre un moment de football. Ils sont partis soutenir l’équipe nationale et ne sont jamais rentrés. Leur rendre hommage aujourd’hui, tout en faisant enfin la lumière sur ce drame, serait une manière pour la nation de ne pas les oublier.
Alola BIAOU








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