Sans titre
À Sèmè-Podji, l'exploitation du sable échappe de plus en plus au contrôle. Dans plusieurs localités de la commune, les carrières mécanisées apparaissent à un rythme qui interroge. Ekpè, Sèmè-Podji, Djeffa, Tohouè, Djèrègbé et d’autres zones voient pousser de nouveaux sites d’exploitation, alors même qu’un moratoire sur l’ouverture de nouvelles carrières avait été annoncé par la nouvelle équipe mun

La décision prise par le maire Thomas Singbo de suspendre les activités de Mlf Trading à Djeffa vient donner une nouvelle dimension au dossier des carrières de sable dans la commune de Sèmè-Podji Selon la mairie, plusieurs irrégularités ont été constatées. Il s'agit de l'absence de responsable chargé du suivi numérique des mouvements de camions, des reversements de contributions de développement local et de redevances minières jugés non conformes aux recettes attendues, des écarts entre les déclarations de juillet et les données du comptage numérique, mais aussi du dépassement de la superficie de dragage autorisée signalé par la Direction des mines. Ces faits remettent en question l’efficacité du système global de surveillance et de régulation des carrières dans la commune.
Des carrières qui poussent malgré le moratoire
Le paradoxe est là. Le 11 mai 2026, à l’issue d’une descente sur plusieurs sites, le maire Thomas Singbo avait déjà dénoncé des insuffisances dans la gestion des carrières dont l'absence de contrôle entraînant des pertes de ressources pour la commune, le non-respect de certaines clauses sociales, les discordances entre les superficies autorisées et celles effectivement exploitées et la dégradation des voies d’accès. Depuis quelques années, plusieurs opérateurs ont investi la commune de Sèmè-Podji et y développent de nombreux sites de dragage de sable. Réunis ce jour en cinquième session ordinaire, les membres du conseil de supervision ont opposé unanimement un refus catégorique à l'ensemble des demandes formulées par les sept entreprises concernées.
L’édile avait alors annoncé des mesures d’assainissement, dont un moratoire de quatre (4) ans sur toute nouvelle autorisation d'ouverture de carrière sur l'ensemble du territoire communal, afin de permettre une meilleure régulation du secteur, une protection effective des ressources naturelles et dans l’attente d’une relecture du Schéma directeur d’aménagement communal et du Plan directeur d’urbanisme. Cette décision vise à protéger durablement la commune contre une exploitation anarchique de ses ressources naturelles et une disparition progressive des terres agricoles. Néanmoins sur le terrain, le constat est tout autre. Les carrières continuent d’émerger. Selon le maire Thomas Singbo, les entreprises qui commencent aujourd’hui leurs activités disposeraient d’autorisations délivrées sous le mandat de son prédécesseur, Jonas Gbènamèto. Nul ne sait le nombre d'autorisations existantes.
Une gestion qui interroge
L’exploitation du sable doit être soumise à une traçabilité irréprochable. Or, les écarts évoqués par la mairie entre les volumes réellement chargés et ceux déclarés au titre des contributions de développement local soulèvent des interrogations. Si un dispositif numérique permet de comptabiliser les camions sortant des carrières, pourquoi existe-t-il encore des différences significatives entre les données enregistrées et les déclarations des exploitants ? Et surtout, si ces écarts existent à Djeffa, sont-ils propres à cette seule carrière ou pourraient-ils concerner d’autres sites de la commune ? C’est précisément ici que la responsabilité de l’État doit être engagée.
Le gouvernement doit regarder au-delà de Djeffa
Le problème des carrières de sable à Sèmè-Podji ne saurait être réduit à un différend entre une mairie et une entreprise. Il met en jeu les intérêts financiers des collectivités et de l’État. Le ministère du Cadre de vie et les structures compétentes devraient donc procéder à un véritable audit de la situation. Il s'agit donc de passer au peigne fin les autorisations délivrées, les superficies accordées, les volumes exploités, les redevances versées, les obligations environnementales et les clauses sociales imposées aux entreprises. Il faudra également établir une cartographie claire de toutes les carrières autorisées à Sèmè-Podji, leur date d’autorisation et leur situation actuelle. Une telle opération permettra de savoir les carrières régulièrement autorisées avant le moratoire de celles qui auraient ouvert leurs portes en violation des nouvelles orientations communales.
Urgence de sortir de l’opacité
La mairie de Sèmè-Podji a bien fait de mettre à nue les dysfonctionnements et d’avoir suspendu une exploitation en raison de manquements graves. De son côté , le gouvernement doit désormais regarder dans les « poubelles » de la gestion passée pour comprendre comment autant de carrières ont pu obtenir des autorisations et se développer sur le territoire communal et quelles sont les recettes effectuées. L'autre chose est que si la nouvelle équipe communale a relevé les insuffisances, il est clair qu'elles étaient déjà là depuis la gestion sous l'équipe passée. Il faut donc faire la lumière et revoir la copie. Les procédures de délivrance des autorisations doivent être réexaminées, les mécanismes de contrôle renforcés et la traçabilité des volumes comme des recettes rendue incontestable.
Mohamed Yèkini









Commentaires (0)