Mépris de Talon pour les élections : Le Sénat non élu comme solution finale

Le règne de Talon commencé en 2016 entame désormais son âge d'or avec la création puis l'installation rocambolesque de sa solution finale contre la démocratie à savoir Le Sénat non élu aux pouvoirs sans bornes. Il s'agit d'une phase de recomposition institutionnelle dangereuse à travers une révision constitutionnelle à la hussarde en novembre 2025 puis la promulgation de la nouvelle constitution le 17 décembre 2025 en pleine campagne pour les élections générales (législatives, municipales et présidentielle) en violation flagrante du protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie interdisant les manipulations de textes constitutionnels pendant le processus électoral.
Profitant de cette grosse manipulation, Patrice Talon, sans aucun mandat électif populaire, ayant déjà laissé le pouvoir formellement à son successeur Romuald WADAGNI en mai 2025, se retrouve président de ce Sénat, élu par son propre corps électoral composé de 25 personnes cooptées le 6 août 2026. Ce n'est plus de l'alternance au sommet mais de la mutation politique, d'un régime institutionnalisé à un pouvoir personnalisé.
L'une des conséquences de cette escroquerie est qu'il n'y aura pus d'élections au suffrage universel en République du Bénin pour les 7 prochaines années. Ce qui a conduit à la suppression de la Commission électorale nationale autonome (Cena) devenue permanente depuis 2012. Parlement, gouvernement, partis politiques, société civile, syndicats, tous désormais alignés derrière l'institution d'avant-garde inventée par Patrice Talon dans la nouvelle constitution avant-gardiste, le fameux Sénat.
Le Bénin, modèle de monocaméralisme depuis la Constitution de 1990, devient brutalement bicaméral, à 5 mois de la fin du second mandat de Talon. Ce dernier, désormais libre de tout mandat électif, devient pourtant la plus importante personnalité du pays. Le nouveau décor institutionnel défie toute logique républicaine connue jusque là:
- Sénat de 25 membres, dont aucun élu au suffrage direct
Ils sont soit désignés par le Président de la République soit par le Président de l'assemblée nationale soit membres de droit selon des critères de cooptation définis par la constitution révisée de novembre 2025.
- Sont membres de droit : les anciens Présidents de la République élus, les anciens Présidents de l'Assemblée nationale et les anciens Présidents de la Cour Constitutionnelle.
- Compétences exorbitantes
Selon la Constitution révisée et les textes organiques, le Sénat a pour mission de "réguler la vie politique", "veiller à la stabilité", au "respect de la trêve politique", et peut dans certains cas "prononcer des sanctions contre des acteurs politiques (opposants, députés, membres de toutes les autres institutions à l'exception A l'exception du président de la république, du président de l'assemblée nationale et du président du conseil économique et social de la société civile, des syndicats pour des actes ou propos jugés contraires à l'unité nationale ou à la paix sociale". Curieusement, le président de la cour constitutionnelle est exclu de ce champ d'immunité. tous sont passibles de peine allant jusqu’à la perte des droits civiques et politiques.
Pour couronner le tout, la constitution décrète une interdiction de toute critique à l'endroit du gouvernement durant les 6 premières années du mandat présidentiel soit un an avant de nouvelles présidentielles sous peine de sanctions
C'est donc une chambre de censure politique, et non une chambre haute de représentation territoriale.
Talon se succède à lui-même sans passer par les urnes
Tous les élus du pays doivent allégeance totale au Sénat, le censeur suprême, juge des propos et des actes de tous genres. Le tout dans un schéma calculé, pernicieux, empreint de “ruse et de rage”:
-Janvier 2026 : législatives et municipales couplées avec une exclusion partielle de l'opposition (absente aux municipales mais présente aux législatives) avec pour conséquence que les opposants n'obtiennent aucun élu sur toute l'étendue du territoire national au bout des deux élections tenues le même jour.
- Avril 2026 : Romuald Wadagni, ancien ministre de l'Economie et dauphin désigné, est élu Président de la République avec plus de 94% des voix après l'invalidation de la candidature de l'opposant du parti Les Démocrates L'opposition était déjà absente de l'Assemblée.
- Mai 2026 : Talon quitte la présidence de la République le 24 mai, devient automatiquement sénateur, de droit.
- 30 juillet 2026 : installation du premier Sénat à Porto-Novo.
- 6 août 2026 : Talon est élu président par son Sénat.
Officiellement à la retraite, Talon déclare vouloir "servir à nouveau la Nation". En réalité, l'opposition l'avait vu venir : "la création de sièges ex officio au Sénat, réservés aux anciens présidents, est vu par le parti Les Démocrates comme un moyen pour Talon de se placer pour continuer à garder un contrôle sur le futur président".
Les propos du nouveau Président de la République à son investiture résonne comme un aveu de faiblesse mal assumé : "Je ne serai pas un président sous tutelle". l'architecture institutionnelle du moment dit l'inverse.
L’imposture intellectuelle mise à nu
Le point le plus inquiétant, le plus grave pour la conscience démocratique du pays mais révélateur d'une réalité longtemps camouflée à l'opinion demeure le défaut d'intégrité de ces pseudos intellectuels dont les carrières respectives ont été bâties sur l'opportunisme, l'imposture, les manipulations de l'opinion et les compromissions de tous genres.
Par le biais de cette prétendue réforme institutionnelle des figures comme Robert Dossou, Théodore Holo et Elisabeth Pognon (dans une moindre mesure)- anciens Présidents de la Cour Constitutionnelle, pères de la Constitution de 1990 (pour les 2 premiers cités), intellectuels dont le rôle historique était de dire le Droit contre le pouvoir - deviennent membres de droit du Sénat et de fait des agents au service du système talon. Certains diront que c'était déjà ainsi depuis des décennies. il n'échappe à personne que ces deux premières personnalitéS citées ((Dossou et Holo) ont connu leurs heures de gloire sous le régime yayi fortement sponsorisé par l'homme d'affaires talon qui ne se cachait pas de placer ses pions à la tête des institutions. Robert DOSSOU, président de la la cour constitutionnelle (2007-2012) qui a, nuitamment, validé le ko électoral de la présidentielle de 2011 avec une liste électorale fluctuante avait déjà à ses côté à l'époque un certain Théodore HOLO qui va lui succéder à la tête de cette même cour constitutionnelle (2012-2017) pour parachever l'oeuvre entamée jusqu'à la remise du pouvoir à Talon en 2016.
Sûr d'avoir verrouillé tout le système Talon lui-même annonçait fièrement lors d'une sortie médiatique le 12 avril 2026 qu’il siégera "aux côtés de Soglo, Yayi, Amoussou, Houngbédji, Holo et d'autres".
les prétendus gardiens de la norme sont transformés en pensionnaires de la déchéance démocratique et morale. En les faisant siéger sous la présidence de celui qu'ils auraient dû censurer, Talon neutralise ce qui leur reste de crédibilité auprès de leurs compatriotes. Ils ne défendaient plus la raison, ils cautionnent par leur présence l'imposture dans laquelle ils ont baigné depuis bien longtemps.
La propagande du régime se délecte d'ailleurs depuis le 30 juillet à propos d'une photo qu'elle considère comme le symbole de la capitulation générale : on y aperçoit Talon en costume strict assis côte à côte avec Boni Yayi en boubou blanc, se serrant la main, se chuchotant des choses, sous l'objectif des caméras. Hier ennemis jurés, aujourd'hui co-sénateurs d'une même "famille", comme l'a dit Talon lui-même. On n'emprisonne plus les sages; on les embrigade.
Où va le Bénin ?
Au Bénin les esprits demeurent traumatisés par les évènements du 07 décembre 2025 marqués par une tentative de coup d'État du lieutenant-colonel Pascal Tigri et de ses hommes désormais fondus dans la nature. Le régime Talon n'a eu la vie sauve que grâce à l’intervention des armées française nigériane et de la cedeao.
En créant ce Sénat non élu, dotée de pouvoirs de sanctions pénales et politiques sur toutes les autres institutions, ainsi que la société civile et les syndicats, Talon a mis en place tous les ingrédients d'une crise de légitimité.
Tous les autres citoyens sont transformés en spectateurs passifs d'une gouvernance fondée sur la violence, les emprisonnements, les persécutions fiscales et la terreur
Si cette architecture se fige, le Bénin peut sombrer non pas forcément par une déstabilisation brutal, mais par un étouffement lent voire un effondrement de tout le système. Une démocratie de façade où tout est régulé, stabilisé, au mépris de la vitalité démocratique qui avait fait son modèle depuis 1990. Aucune de ces perspectives ne sont porteuses d'espérance vu le verrouillage de toutes les voix légales d'alternance démocratique.
l'incontournable question qui revient à l'esprit est : comment le bénin en est arrivé à un tel recul démocratique en si peu de temps? ce qui en appelle automatiquement à une autre: comment en sortir?
Joseph Tamegnon acteur politique béninois indépendant











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