Assemblée nationale du Bénin : Les défis qui attendent la 10ᵉ législature
Les 109 députés élus à l'issue des élections législatives du 11 janvier 2026 s’apprêtent à faire leur entrée officielle à l’Assemblée nationale le 08 février prochain. Toutefois, au-delà du caractère solennelle de l’installation, les nouveaux députés héritent d’un mandat placé sous le sceau de nombreux défis, aussi bien politiques qu’institutionnels et sociaux.

Au terme des résultats annoncés par les institutions compétentes, ces élus de la 10ᵉ législature endosseront pleinement leurs nouvelles responsabilités, notamment le contrôle de l’action gouvernementale et le vote des lois, deux piliers essentiels de la démocratie parlementaire. Cette nouvelle législature aura beaucoup de défis qu'elle devra relever. Le premier acte auquel la 10ᵉ législature devra faire face est indissociable du contexte de son élection. À l’issue du scrutin du 11 janvier 2026, seuls les deux partis politiques de la mouvance présidentielle ont réussi à rafler l’ensemble des 109 sièges à pourvoir. Le principal parti de l’opposition, Les Démocrates, n’ayant pas atteint le seuil des 20 % requis par circonscription électorale, s’est vu exclu de la représentation parlementaire.
Cette configuration a conduit à la mise en place d’un Parlement dit monocolore, une situation qui suscite des doutes et inquiétudes au sein de l’opinion publique. Les nouveaux législateurs sont donc attendus au tournant. Ils devront démontrer, contrairement aux préjugés persistants, leur capacité de discernement, de jugeote et d’indépendance dans le contrôle de l’action gouvernementale ainsi que dans l’examen et l’adoption des lois. Leur principal défi est d’incarner pleinement leur responsabilité constitutionnelle et d’agir avant tout dans l’intérêt supérieur de la Nation. L'autre défi majeur est la reconquête de la confiance des citoyens. Les députés de la 10ᵉ législature devront travailler à mériter cette confiance au terme de leur mandat. Cela passera par la nature et la portée des lois qu’ils auront à voter.
Des textes à forte dimension sociale, répondant aux préoccupations quotidiennes des populations, seront scrutés avec attention par un peuple en quête de justice sociale et d’amélioration de ses conditions de vie. Dans un pays encore marqué par une crise socio-politique persistante, les députés sont particulièrement attendus sur le terrain de la décrispation. À travers l’initiative et le vote de lois appropriées, ils pourraient contribuer à l’apaisement du climat politique, notamment en envisageant des mesures de libération ou d’amnistie en faveur de certains prisonniers politiques, ainsi que le retour des exilés. Par ailleurs, l’un des chantiers les plus sensibles et les plus attendus demeure la révision du Code électoral, un texte au cœur des controverses et dont la réforme pourrait favoriser une participation politique plus inclusive à l’avenir.
Une collaboration décisive avec le nouveau président
Le mandat de la 10ᵉ législature coïncidera également avec l’élection d’un nouveau président de la République en avril 2026. La collaboration entre l’Assemblée nationale et le futur chef de l’État constituera un enjeu déterminant. L’aboutissement des projets gouvernementaux, la mise en œuvre des réformes et la stabilité institutionnelle dépendront en grande partie de la capacité des députés à accompagner et parfois recadrer l’action de l’Exécutif. L’introduction prochaine d’une nouvelle institution, le Sénat, viendra également modifier le fonctionnement des institutions en République du Bénin.
Les députés de la 10ᵉ législature devront intégrer cette nouvelle donne institutionnelle dans leurs pratiques et leurs habitudes de travail. Enfin, le dernier défi, et non des moindres, réside dans la capacité de l’Assemblée nationale à jouer pleinement son rôle de pouvoir législatif et de contre-pouvoir. Bien que constituée majoritairement, voire exclusivement, de députés issus du même camp politique, la mouvance présidentielle, l’institution parlementaire est appelée à dépasser les logiques partisanes. Elle devra faire preuve d’esprit critique, d’objectivité et de responsabilité afin d’éviter toute complaisance vis-à-vis de l’Exécutif et préserver l’équilibre des pouvoirs, fondement d’un État démocratique.
Mohamed Yèkini











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