La mutinerie qui a secoué Niamey dans la nuit du 28 au 29 août est-elle le signe d’une simple crise de commandement ou révèle-t-elle une fracture plus profonde au sein de l’armée nigérienne ? Trois ans après le renversement de Mohamed Bazoum, des soldats ont pris le contrôle de la stratégique Base aérienne 101, avant de s’en prendre à plusieurs sites sensibles de la capitale. Le pouvoir a finalement repris le contrôle avec le soutien de l’Africa Corps russe.
Les premières informations disponibles orientent davantage vers une crise interne de loyauté que vers un coup d’État soigneusement planifié. Des soldats issus notamment de zones confrontées aux attaques jihadistes auraient contesté leurs conditions d’engagement, leurs affectations et la gestion des rotations. Plusieurs analystes évoquent également le ressentiment d’unités ayant subi de lourdes pertes face à l’État islamique au Sahel et au JNIM.
Des informations circulant dans des sources nigériennes évoquent plus précisément un refus de déploiement d’officiers des forces spéciales, sur fond de sentiment de traitement inégal entre militaires envoyés au front et responsables bénéficiant de formations ou d’affectations plus favorables. Ces éléments restent toutefois à confirmer indépendamment.
Le paradoxe est saisissant. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie ( CNSP) avait justifié son arrivée au pouvoir en juillet 2023 par l’échec des autorités civiles à assurer la sécurité. Trois ans plus tard, cette même question devient une source de tension au sein de l’institution qui porte le régime.
Au cours d’une interview accordée à la chaîne nationale RTN lors de la célébration des trois ans du CNSP, Abdourahamane Tiani a mis en avant la souveraineté retrouvée et les efforts de son gouvernement. Mais sur le terrain, la pression sécuritaire demeure forte.
Pourquoi la Base 101 concentre-t-elle autant de tensions ?
L’épisode du 29 août est particulièrement préoccupant parce qu’il s’agit de la troisième attaque majeure contre la zone de l’aéroport de Niamey en 2026. La Base 101 avait déjà été ciblée en janvier par l’État islamique au Sahel, puis en juin par le JNIM. Elle abrite notamment des moyens militaires nigériens ainsi que des forces liées à l’AES et l’Africa Corps.
La prise temporaire de cette base par des militaires nigériens montre donc une vulnérabilité majeure du dispositif de sécurité.
Un problème que le Burkina et le Mali n’ont pas connu
Le Niger partage pourtant avec le Mali et le Burkina Faso une gouvernance militaire, une lutte jihadiste intense et une rupture avec plusieurs partenaires occidentaux. Mais ces deux pays n’ont pas connu, à ce jour, une mutinerie de cette ampleur visant directement le cœur du pouvoir. Cela interroge donc spécifiquement la cohésion de la chaîne de commandement nigérienne.
L’intervention de l’Africa Corps constitue l’autre élément majeur de cette crise. Moscou a confirmé que ses hommes avaient participé à la reprise de la base à la demande des autorités nigériennes. C’est précisément là que se situe le paradoxe : un régime arrivé au pouvoir au nom de la souveraineté nationale a dû compter sur une force étrangère pour mater une révolte au sein de sa propre armée.
L’ambassadeur russe Viktor Voropaïev a même évoqué l’hypothèse d’une coordination extérieure, sans apporter de preuve permettant d’établir une telle implication. Tiani avait déjà accusé, après l’attaque de janvier, la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, sans fournir de preuves.
Le véritable signal d’alarme est ailleurs : quand une armée censée protéger le pouvoir commence à contester ses propres chefs, le problème n’est plus seulement extérieur. La répétition des attaques contre la Base 101 suggère surtout une vulnérabilité du dispositif sécuritaire et un possible malaise profond dans les rangs. La question qui se pose désormais à Niamey n’est donc pas seulement de savoir qui a tenté de renverser Tiani, mais pourquoi certains militaires ne semblent plus croire aux promesses faites en 2023.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU