Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema défend une position claire sur les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : leur souveraineté doit être respectée. Mais ce soutien ne signifie pas que Oligui entend adopter la même politique de rupture avec les partenaires occidentaux que Ouagadougou.
Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a à plusieurs reprises exprimé son soutien aux régimes de transition des trois pays de l’AES. Lors d’un entretien conjoint accordé à RFI et France 24 le 25 mars 2025, le président gabonais avait refusé de condamner les dirigeants militaires du Sahel, qu’il avait qualifiés de « frères d’armes ». Il avait également déclaré ne suivre « aucun chemin » imposé par un autre pays. « Je suis inclusif », avait-il expliqué, affirmant que le Gabon voulait travailler avec tout le monde.
Cette position a été répétée dans les prises de parole du président gabonais, notamment dans son entretien accordé à France 24 le 2 juin 2026 avec Marc Perelman et tout récemment au cours de sa visite d’État effectuée en France du 19 au 22 juillet. Oligui Nguema défend ainsi le principe selon lequel les États africains doivent pouvoir déterminer librement leurs orientations politiques et leurs partenariats.
Le gouvernement a également affiché un rééquilibrage de la coopération bilatérale avec la France. Le président Oligui a annoncé en juin 2025 la rupture du protocole de pêche avec l’Union européenne, dénonçant un partenariat «profondément déséquilibré». Le président gabonais a également fait connaître sa volonté de voir le Gabon passer du statut de fournisseur du manganèse à un statut de transformateur d’ici 2031. Il ambitionne également d’accéder au statut d’actionnaire de référence au sein du groupe français Eramet, qui exploite le gisement de manganèse de Moanda, dans le sud-est du pays, le plus grand gisement à haute teneur du monde. Ces nouvelles politiques, mettent en lumière un revers diplomatique avec la France.
Toutefois, cette ligne diplomatique a parfois été interprétée sur les réseaux sociaux comme un rapprochement du Gabon avec le modèle de l’AES. Des comptes et réseaux favorables à la junte burkinabè ont notamment relayé ce récit. Une dynamique qui intervient dans un contexte où Reporters sans frontières (RSF) a récemment documenté l’existence au Burkina Faso du BIR-C, un réseau numérique pro-junte impliqué dans des campagnes de propagande, de désinformation et de harcèlement en ligne.
Pourtant, les actes diplomatiques de Libreville montrent une autre trajectoire. Lors de sa visite d’État en France, du 19 au 22 juillet 2026, Oligui Nguema a poursuivi le dialogue avec Paris. Les deux pays ont travaillé sur la défense, l’économie, les investissements, l’énergie et la formation. Un accord a notamment été signé autour du manganèse avec Eramet, tandis qu’un nouveau cadre de coopération militaire fondée sur la formation a été discuté.
Le Gabon défend donc une forme de souverainisme ouvert : soutenir le droit des pays de l’AES à décider de leur avenir, tout en maintenant des relations avec la France et d’autres puissances. C’est précisément ce qui distingue aujourd’hui la politique d’Oligui de celle du Capitaine Ibrahim Traoré, engagée dans une rupture beaucoup plus profonde avec Paris.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU