En réorientant les bourses vers les filières scientifiques et techniques, le gouvernement béninois affiche clairement ses priorités pour l’enseignement supérieur. Si cette stratégie répond aux ambitions d’industrialisation du pays, elle suscite aussi un profond malaise chez de nombreux nouveaux bacheliers, qui dénoncent une réforme jugée défavorable aux sciences humaines, aux lettres et au droit.
Le guide officiel d’orientation 2026-2027, accessible sur la plateforme « Après mon BAC », marque un tournant dans la politique des bourses universitaires au Bénin. Désormais, plusieurs filières littéraires et de sciences sociales ne bénéficient plus de places boursières. Le Droit, les Sciences politiques, l’Espagnol, l’Allemand, la Philosophie, la Sociologie ou encore certaines formations de l’ENEAM, de l’ENA et de l’ENSET de Lokossa figurent parmi les principales victimes de cette réorganisation. Mais à l’opposé, les filières scientifiques enregistrent une hausse significative des quotas de bourses. La Physique-Chimie à la FAST obtient 233 bourses, tandis que l’IMSP en compte 100. Pour l’exécutif, ce choix s’inscrit dans une logique de développement économique, d’innovation et de renforcement des compétences techniques nécessaires à la transformation du pays.
Mais sur le terrain, la décision est loin de faire l’unanimité. « Quand j’ai vu le guide, j’étais étonné. Mon grand frère et ma sœur avaient obtenu une bourse en 2016 et 2019 dans des filières littéraires. Aujourd’hui, elles sont supprimées. Heureusement pour moi que je vais en filière scientifique », confie Ramos, nouveau bachelier. Pour Ella, qui ambitionne d’intégrer la Faculté de Droit et de Science politique (FADESP), la déception est immense. « Quand j’ai appris qu’il n’y a aucune bourse pour cette faculté, ça m’a fait beaucoup mal ». Mireille partage le même sentiment. « On a l’impression que le gouvernement ne nous a pas pris en compte. Comme si les littéraires avaient désormais moins de chances que les autres ». À l’inverse, Jean adopte une position plus mesurée. « Je ne dirai pas que j’aime ou pas cette décision. Le gouvernement a certainement ses raisons. On ne peut que faire avec. »
Si la volonté de favoriser les filières scientifiques peut se justifier au regard des besoins du marché de l’emploi, la réforme soulève néanmoins une question d’équité. En supprimant pratiquement tout soutien financier à plusieurs formations littéraires, l’État risque de décourager des vocations et de pénaliser des étudiants talentueux issus de familles modestes. À terme, le défi sera de promouvoir les sciences sans donner le sentiment que les lettres, le droit ou les sciences sociales sont devenus des filières de second rang.
ASG