L’ancien secrétaire général de la Cour constitutionnelle du Bénin et professeur de droit public à l’Université d’Abomey-Calavi, Gilles Badet, s’est prononcé sur la mise en place du Sénat béninois. Invité de l’émission « Le Grand Invité Afrique » de RFI, ce jeudi 30 juillet 2026, il a exposé les fondements et les missions de cette nouvelle institution appelée à devenir la deuxième chambre du Parlement.
Face aux critiques qui présentent le Sénat comme une institution sans réelle légitimité ou susceptible de renforcer l’influence du pouvoir en place, le constitutionnaliste a défendu son utilité. Selon lui, cette chambre doit contribuer à améliorer la qualité des lois et à renforcer l’équilibre entre les institutions. Au cours de cet échange avec Christophe Boisbouvier, Gilles Badet a d’abord rappelé le rôle assigné à cette nouvelle chambre. « Le Sénat est la deuxième chambre du Parlement béninois. En tant que deuxième chambre, il apporte un élément de contrôle de qualité du travail qui est fait par l’Assemblée nationale », a-t-il expliqué.
Pour l’universitaire, le Sénat ne constitue donc pas une institution supplémentaire sans véritable fonction. Il doit permettre un meilleur examen des textes adoptés par les députés. « Le Sénat va désormais veiller à ce que les lois votées par le Parlement soient de meilleure qualité, parce qu’il a la possibilité de demander une deuxième lecture », a-t-il précisé.
Revenant sur les critiques de l’opposition qui dénonce une chambre composée exclusivement de membres désignés, le professeur de droit public estime que la légitimité des sénateurs ne repose pas uniquement sur le mode de désignation, mais aussi sur leur expérience. « Toutes les personnalités qui sont au Sénat ont une longue expérience dans la gestion des affaires publiques. C’est ce côté qui est le plus important », a-t-il soutenu.
Face aux inquiétudes sur un éventuel rôle de simple chambre d’enregistrement des décisions du pouvoir, l’ancien secrétaire général de la Cour constitutionnelle a relativisé cette perception. « Pour pouvoir dire que le Sénat est une simple chambre d’enregistrement, il faudrait réussir à positionner les anciens présidents d’institutions depuis le Renouveau démocratique par rapport au pouvoir en place », a-t-il déclaré.
Son intervention a également permis de revenir sur la capacité du Sénat à devenir un espace de dialogue autour des questions sensibles. Le constitutionnaliste s’est notamment prononcé sur les situations de Joël Aïvo et Reckya Madougou, estimant que « le Sénat peut devenir le lieu où seront évoqués les cas des personnes en conflit avec la loi ». Il a ajouté que ses membres pourraient contribuer à « ce que tous les enfants du pays participent au développement de ce pays-là dans l’unité nationale ».
Sur les interrogations relatives à une éventuelle protection de l’ancien président Patrice Talon grâce à son futur statut de sénateur, Gilles Badet a rappelé les limites des prérogatives de cette institution. « C’est l’Assemblée nationale qui détient la maîtrise de la procédure de poursuite » d’un ancien chef de l’État, a-t-il indiqué, estimant que le Sénat ne pourrait pas bloquer une procédure relevant de l’institution compétente.
Concernant l’influence politique que pourrait continuer d’exercer Patrice Talon au sein du Sénat, le professeur de droit public reconnaît cette possibilité, tout en insistant sur l’équilibre institutionnel. « Il existe un véritable équilibre des pouvoirs », a-t-il déclaré, rappelant que le Sénat est appelé à « donner des conseils, accompagner le président dans la réussite de son mandat », et non à devenir « un Léviathan ou un animal sauvage qui viendrait dévorer le président de la République ».
Ces déclarations interviennent alors que le Sénat béninois doit être officiellement installé ce jeudi 30 juillet, marquant l’entrée en fonction de cette nouvelle institution issue de la réforme constitutionnelle.
Alola BIAOU