Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, et son homologue burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, s’accordent sur le rôle de l’endoctrinement dans l’expansion du terrorisme au Sahel. Leurs déclarations révèlent toutefois deux contradictions sur les origines du terrorisme au Sahel.
Lors de son entretien accordé à la Radiotélévision du Niger (RTN) le 25 juillet, le général Abdourahamane Tiani a fermement rejeté la légitimité religieuse revendiquée par les groupes djihadistes. « Ceux qu’on manipule, réfléchissez, sachez que la France est en train de vous manipuler», a-t-il déclaré. Pour lui, ce qu’on appelle djihad aujourd’hui n’est qu’une manipulation des européens et surtout des français. « C’est decla diversion. Le dernier jihad a été conduit par le Prophète, paix et salut sur lui. Mais depuis lors, quel jihad encore ? C’est ça le jihad ? Non, il faut arrêter. Vous ne faites pas du djihad », a-t-il déclaré.
Il a également dénoncé les exactions commises par les groupes armés, évoquant des individus « qui volent, qui violent, qui pillent, qui égorgent, qui tuent, qui brûlent ». Il estime également que de tels actes sont incompatibles avec les principes de l’islam.
Plus loin, il estime que le jihadisme qui sévit au Sahel, n’est rien d’autre qu’une « diversion » orchestrée par les puissances étrangères, dont la France. Niamey accuse régulièrement Paris de financer le terrorisme au Sahel.
Selon lui, étant donné que le Niger concentre une forte majorité musulmane, il est donc contradictoire que ces mêmes musulmans s’adonnent au jihad. « Ils leur font croire qu’ils font le jihad. Mais à qui va-t-on apprendre le jihad ? Au Niger ou bien en France ? Au Niger, 99 % de musulmans. Oui. En France, 2 à 3 % de musulmans (…) Où est-ce qu’on doit faire le jihad ? Là où il y a 2 ou 3 % de musulmans, ou bien là où il y a 99 % de musulmans ? », a-t-il lancé. « Sachez que la France est en train de vous manipuler pour ses intérêts », a-t-il expliqué. Ces termes pourraient laisser croire que la France joue un rôle majeur dans la radicalisation et la montée en puissance des groupes djihadistes observées ces derniers temps dans la région sahélienne.
Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a plusieurs fois développé une analyse davantage centrée sur les réseaux de radicalisation. Dans son discours, prononcé devant les Forces vives du Yatenga le 17 juillet, il est revenu sur la même question.
« Plus de 800 étudiants sont partis apprendre la charia. Ils n’apprennent aucun métier. Je vais les faire revenir ; celui qui refuse ne sera plus Burkinabè », a-t-il déclaré. S’interrogeant sur le contenu de ces formations, il ajoutait : « On les forme à quoi ? Où vont-ils appliquer cette charia ?»
Le chef de l’État burkinabè accuse régulièrement certains réseaux étrangers nottament les pays du Golfe d’utiliser l’enseignement religieux pour diffuser une idéologie extrémiste destinée à alimenter le terrorisme au Sahel. Il estime que ces formations constituent un instrument de déstabilisation.
En comparant les deux discours, on remarque une différence dans l’identification des causes du terrorisme. L’un identifie l’ingérence occidentale tandis que l’autre pointe du doigt l’endoctrinement perpétrée par les puissances arabes. Tout compte fait, il est clair que la lutte contre le terrorisme ne peut être uniquement militaire. Elle passe aussi par la lutte contre l’endoctrinement idéologique et la prévention de la radicalisation des jeunes.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU