Près de deux mois après la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey, la réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger reste suspendue. Alors que le général Abdourahamane Tiani vient de réaffirmer que plusieurs « préalables » doivent encore être réglés, les autorités béninoises observent un silence qui nourrit les interrogations.
La visite officielle du président Romuald Wadagni à Niamey, le 2 juin 2026, avait suscité un réel espoir. Accueilli par le général Abdourahamane Tiani, le chef de l’État béninois avait engagé avec son homologue un processus de normalisation des relations bilatérales. Les deux dirigeants avaient décidé de créer un comité conjoint d’experts chargé d’identifier les obstacles à la réouverture de la frontière commune et de proposer des solutions dans un délai de quinze jours.
Le 16 juin, les deux gouvernements annonçaient que les experts avaient remis leurs rapports respectifs et qu’un rapport commun devait être finalisé. Les deux parties saluaient alors des « résultats fructueux » et affichaient leur volonté d’ouvrir « une page nouvelle » dans les relations entre les deux pays.
Quelques jours plus tard, les experts des deux pays se sont retrouvés à Cotonou, les 20 et 21 juin, pour poursuivre les discussions. À l’issue de cette rencontre, la partie nigérienne a posé deux conditions jugées non négociables. La première concerne la signature d’un accord de défense et de sécurité entre les deux États, reposant sur les principes de non-agression et de non-utilisation du territoire de l’un contre l’autre. La seconde porte sur une transparence totale concernant la présence de forces étrangères au Bénin, particulièrement dans les zones proches de la frontière nigérienne.
Depuis cette réunion, aucune communication officielle du gouvernement béninois n’est venue préciser si ces exigences ont été acceptées, rejetées ou si des négociations sont en cours. Ce silence contraste avec la position exprimée ces derniers jours par le président nigérien.
Lors de son entretien accordé à la RTN le 25 juillet, à l’occasion du troisième anniversaire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le dirigeant nigérien a clairement refroidi les attentes. « Il y a des préalables », a-t-il affirmé avant d’ajouter que la frontière « ne sera pas ouverte immédiatement ». Selon lui, « il y a des plaies qu’il faut d’abord panser » et « beaucoup d’eau a coulé sous le pont ».
Ces déclarations laissent entendre que, pour Niamey, la question dépasse désormais la simple réouverture d’un poste frontalier. Elle touche à la confiance politique et aux garanties sécuritaires. Depuis 2023, les autorités nigériennes accusent régulièrement le Bénin d’abriter des forces étrangères susceptibles de menacer leur sécurité. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à la fermeture unilatérale de la frontière par Niamey. Cotonou de son côté, a toujours rejeté cette accusation de Niamey.
Dans ce contexte, l’absence de réaction officielle des autorités béninoises entretient les interrogations. Ce silence relève-t-il d’une stratégie diplomatique de Cotonou ? Ou traduit-il des divergences persistantes sur les conditions avancées par Niamey ? Tant que ces questions resteront sans réponses, les opérateurs économiques et les populations de part et d’autre de la frontière, continueront d’attendre la concrétisation d’un rapprochement pourtant amorcé avec la visite historique du 2 juin.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU