Nées en Ouganda il y a trente ans, les Forces démocratiques alliées (ADF) sont aujourd’hui l’un des groupes armés les plus violents de l’est de la République démocratique du Congo. Malgré les offensives militaires, leurs attaques se multiplient en 2026, faisant des centaines de victimes et aggravant une crise humanitaire déjà profonde.
Les Forces démocratiques alliées (ADF) multiplient les attaques contre les civils dans l’est de la RDC. L’année 2026 marque une nouvelle escalade. En Ituri, la Nouvelle Société civile congolaise (NSCS) affirme que plus de 190 civils ont été tués depuis janvier dans la seule chefferie de Babila Babombi, en territoire de Mambasa, situé au nord-est de la RDC. Les derniers massacres enregistrés dans les groupements Mambembe Bella et Bangole illustrent cette dégradation sécuritaire
D’autres attaques ont également été signalées dans les territoires d’Irumu et de Beni. Plusieurs villages ont été incendiés. Des dizaines de personnes ont été enlevées et de nombreuses familles ont fui leurs habitations.
Cette recrudescence intervient alors que les armées congolaise et ougandaise poursuivent l’opération Shujaa, lancée en 2021 pour démanteler les bases des ADF. Si plusieurs camps ont été détruits et des otages libérés, le groupe continue de se disperser en petites unités très mobiles. Cette tactique rend les opérations militaires plus difficiles.
Un mouvement rebelle nationale devenu groupe terroriste
Les Forces démocratiques alliées (ADF) sont créées en 1995 en Ouganda par Jamil Mukulu. Au départ une coalition de plusieurs groupes d’opposition, leur objectif est alors de renverser le président Yoweri Museveni, dirigeant de l’Ouganda depuis 1986. Sous la pression de l’armée ougandaise, le mouvement se replie rapidement dans les forêts de Beni, à l’est de la RDC. Profitant de la faiblesse de l’État congolais, il s’y installe durablement.
En 2015, Jamil Mukulu est arrêté en Tanzanie puis extradé vers l’Ouganda. Son ancien prédicateur, Musa Baluku, prend le commandement. Sous sa direction, le groupe change de stratégie. Il adopte un discours plus radical et prête allégeance à l’organisation État islamique en 2019. Les ADF deviennent alors la branche d’Afrique centrale de Daech, connue sous le nom État islamique en Afrique centrale (ISCAP).
Selon plusieurs estimations, le groupe compterait entre 1 000 et 1 500 combattants, auxquels s’ajoutent des centaines de sympathisants. L’Institut francais des Relations internationales (IFRI) explique que les ADF financent leurs activités grâce au commerce illégal du bois et de l’or, aux enlèvements contre rançon, au pillage des villages et à l’extorsion des populations locales.
Au fil des années, les ADF ont réduit les attaques contre des objectifs militaires pour cibler principalement les civils. Massacres à l’arme blanche ( machette et hache), attentats à bombes, incendies de villages, enlèvements d’enfants et violences sexuelles sont devenus leur mode opératoire.
Les Nations unies estiment que leurs exactions ont provoqué le déplacement de plusieurs centaines de milliers de personnes dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Des écoles, des centres de santé et des marchés ont également été détruits, plongeant des communautés entières dans une précarité durable.
Une réponse à repenser
Dans son rapport publié en mai 2026, intitulé« Je n’avais jamais vu autant de morts », Amnesty International estime que les autorités congolaises doivent aller au-delà de la réponse militaire. L’organisation appelle à renforcer les mécanismes d’alerte précoce, à mieux protéger les civils et à lutter contre l’impunité.
Sa secrétaire générale, Agnès Callamard, rappelle que « la paix et la sécurité doivent être rétablies de toute urgence » afin que les populations puissent reconstruire leur vie. Elle exhorte également la communauté internationale à soutenir davantage la RDC.
Après trois décennies d’existence, les ADF demeurent l’un des plus grands défis sécuritaires de l’Afrique centrale. Alors que l’est de la RDC fait également face à l’offensive du M23 et à une épidémie d’Ebola, les ADF intensifient les risques d’une aggravation de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Tant que les causes profondes de leur enracinement ne seront pas traitées, la seule réponse militaire risque de rester insuffisante.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU