Le Conseil des ministres du mercredi 1er juillet 2026 a entériné les nominations des personnalités de haut rang appelées à siéger au Sénat et au Conseil économique et social (Ces) pour le compte de la prochaine mandature. S’il est vrai que les profils de ces personnes répondent aux critères en matière d’expérience, leurs nominations suscitent une vague de critiques dues au fait qu’ils n’ont plus rien à prouver et méritent de profiter de leurs retraites politiques.
La publication de la liste des personnalités marque une nouvelle étape dans l’installation du Sénat qui est la chambre haute du Parlement et du Conseil économique et social. Au-delà des considérations politiques et institutionnelles, un constat saute cependant aux yeux : plusieurs des personnalités désignées appartiennent à une génération politique qui semble avoir déjà tout donné à la République. Anciens ministres, anciens députés, anciens hauts fonctionnaires ou figures politiques en retrait depuis plusieurs années, ces profils suscitent plusieurs interrogations légitimes : le renouvellement de la classe dirigeante est-il en panne ?
Sont-ils les seuls aptes à faire le job dans la République ? Que font les autres membres dans les partis politiques ? Compte tenu de leurs prérogatives, le Sénat et le Conseil économique et social sont des institutions qui gagneraient à être des laboratoires d’idées au service de la République et des populations. Par ailleurs, ils doivent être capables d’éclairer les décisions publiques grâce à des expertises variées et à une lecture moderne des défis du pays. Pour remplir efficacement cette mission, ils devraient également faire une place importante à de nouvelles compétences issues du monde universitaire, de l’entrepreneuriat, des nouvelles technologies, de la jeunesse et de la société civile.
Or, la composition dévoilée donne le sentiment d’un retour en scène d’acteurs politiques dont la carrière semblait déjà être conjuguée au passé. Ils étaient au soir de leur carrière politique et devaient servir de mentor aux plus jeunes au lieu de discuter les postes nominatifs avec eux. Sans remettre en cause leurs parcours ni leur expérience, on s’interroge sur la pertinence de continuer à privilégier les mêmes visages qui ont déjà eu à occuper dans un passé très récent des postes de responsabilité. L’expérience constitue sans aucun doute un atout précieux, mais elle ne devrait pas devenir le seul critère de sélection.
Le parcours politique de certains ne devraient pas être une garantie pour qu’ils soient les seuls qui se retrouvent partout. Une démocratie dynamique se nourrit également du renouvellement des élites, de la confrontation des générations et de l’émergence de nouveaux talents capables d’apporter un regard différent sur les affaires publiques. L’animation des partis politiques dépend de la prise en compte de toutes les générations. En prenant les mêmes personnes et en recommançant, ça donne l’impression que les grandes institutions demeurent des lieux de recyclage politique réservés à certains leaders politiques.
Dans un contexte où la jeunesse béninoise aspire à davantage de responsabilités publiques, ces nominations relancent le débat sur la représentativité des jeunes au sein des institutions. Les compétences nouvelles existent dans tous les secteurs d’activité. La politique ne devrait pas être le seul gage pour être nommé dans les grandes institutions du pays. Le défi sera donc de trouver le juste milieu entre l’expérience des anciens et le courage des nouvelles générations, car une République ne se construit pas seulement dans le culte du passé. Les membres nouvellement désignés auront, par leurs actions, l’occasion de démontrer que leur nomination répond avant tout à une exigence d’efficacité. En attendant, une partie de l’opinion continuera de voir dans cette vague de nominations le retour de quelques « has-been » de la vie publique.

Alassane Touré