Présent à la conference consacréé au “Made in Africa” à Bruxelles, Létondji Beheton, Directeur général de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie (SIPI-Bénin S.A.), aménageur de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), plaide pour un engagement plus fort de l’Union européenne en faveur de l’industrialisation du continent. Il met en avant le modèle développé au Bénin, estime que la transformation locale du coton constitue une réponse durable aux défis de l’emploi et de la migration, et appelle à un soutien accru en matière d’infrastructures et de financement.
Qu’est-ce que vous demandez concrètement à l’Union européenne ?
Létondji Béhéton : Ce que nous demandons à l’Union européenne aujourd’hui, c’est de soutenir l’industrie textile en Afrique. Vous savez, aujourd’hui, pour développer l’industrie textile en Afrique, nous aurons besoin de beaucoup d’investissements, notamment des investissements dans les infrastructures et dans tout ce qui concerne les besoins en fonds de roulement. Aujourd’hui, les investisseurs ne viennent pas en Afrique parce qu’ils se plaignent du fait que nous n’avons pas assez de routes, que nous n’avons pas les infrastructures énergétiques, etc. L’idée, c’est donc de demander à l’Union européenne de soutenir le développement de ces infrastructures et de promouvoir des politiques de développement en Afrique qui permettent de soutenir l’industrie textile, qui crée énormément de richesses et d’emplois. Vous savez, l’Europe importe aujourd’hui une grande quantité de vêtements en provenance de la Chine. L’idée est de permettre à l’Europe de pouvoir s’engager davantage en Afrique et d’importer une bonne partie de son textile depuis le continent africain, parce que la production textile en Afrique est une production responsable qui génère une faible empreinte carbone.
On réduit considérablement le trajet que parcourt la fibre de coton, qui est souvent envoyée au Vietnam ou au Bangladesh pour y être transformée avant d’être revendue en Europe. Aujourd’hui, le coton peut être transformé directement en Afrique, de la fibre jusqu’au vêtement. L’expérience de la GDIZ est très édifiante. C’est une expérience qui nous a permis de transformer une partie importante de notre fibre de coton et de créer énormément d’emplois. Quand on regarde tout cela, l’Europe fait aujourd’hui face à un problème d’immigration. Des jeunes quittent le continent africain, désespérés, à la recherche d’un emploi en Europe. Pourtant, si les investissements nécessaires sont réalisés en Afrique, nous pourrons créer ces emplois sur place et retenir cette jeunesse, comme nous le faisons déjà au Bénin.
Qu’est-ce qui a fait le succès de la GDIZ aujourd’hui, selon vous ?
Létondji Béhéton : Le succès de la GDIZ est dû à la forte implication du gouvernement de la République du Bénin. C’est un partenariat public-privé entre le groupe ARISE et la République du Bénin. Le gouvernement s’est engagé sur un certain nombre de points dès le lancement du projet et a tenu ses promesses. Il a soutenu le développement des infrastructures. Il a, par exemple, permis la construction d’un pipeline gazier. Il a également accompagné la zone en matière d’énergie électrique ainsi que pour les autres infrastructures, notamment les routes.
Aujourd’hui, la GDIZ est citée en exemple. Vous venez de parler de son succès. Selon vous, qu’est-ce qui empêche concrètement l’Afrique de devenir un très grand fournisseur pour le reste du monde ? Quels sont les obstacles aujourd’hui ?
Létondji Béhéton : Les obstacles sont, bien évidemment, le manque d’infrastructures et le manque de financement. Vous avez besoin de financements pour développer les industries textiles. Il faut des investissements importants. Je donne un exemple : au Bénin, pour transformer tout notre coton, il nous faut des investissements considérables ainsi que plusieurs unités intégrées de textile. Il faut donc trouver ces ressources.
Si nous parvenons à mobiliser ces financements, nous pourrons développer très rapidement notre industrie textile, créer énormément d’emplois, transformer localement tout le coton que nous produisons, générer davantage de richesse, accroître notre PIB et créer des centaines de milliers d’emplois liés à ce secteur. C’est donc une problématique qui nous amène à réfléchir sérieusement aux solutions en matière de financement et de développement des infrastructures.
Êtes-vous optimiste ?
Létondji Béhéton : Très optimiste. Très, très optimiste.
Interview réalisée par Marcel Zoumènou
Transcription: Gildas Ahogni