Dans sa volonté affichée d’insuffler une nouvelle dynamique à l’administration publique, le gouvernement du président, Romuald Wadagni, a engagé une réforme institutionnelle marquée par la disparition prochaine de plusieurs agences créées sous le régime précédent. Parmi les structures concernées figure l’Agence de développement des arts et de la culture (ADAC). Si cette décision s’inscrit dans une logique de rationalisation de l’action publique et de recherche d’une meilleure efficacité administrative, elle soulève néanmoins une question fondamentale : quel sera le sort des 42 projets culturels financés par cette agence il y a seulement quelques mois ?
L’agence de développement des arts et de la culture (Adac) va bientôt fermer ses portes. Ce qui n’était jusque-là qu’une rumeur se confirme désormais. Selon plusieurs indiscrétions, l’Adac est appelée à disparaître dans le cadre des réformes institutionnelles. L’objectif affiché est de mettre en place de nouveaux mécanismes de gouvernance capables de répondre davantage aux exigences actuelles en matière de gestion publique, de promotion de la culture et de valorisation des industries créatives. Sur le principe, une telle réforme est à saluer. Les politiques publiques doivent évoluer avec leur temps et les institutions doivent constamment s’adapter aux nouveaux défis.
Le secteur culturel béninois mérite des institutions fortes, capables d’accompagner efficacement les acteurs culturels et les industries créatives. Mais toute réforme, aussi pertinente doit préserver la confiance des citoyens. C’est précisément sur ce point que les inquiétudes existent. Le 9 octobre 2025, l’Agence de développement des arts et de la culture procédait à la remise symbolique des chèques aux bénéficiaires du premier appel à projets du Fonds de développement des arts et de la culture (Fdac). Sur 763 candidatures reçues, 42 projets avaient été retenus pour un financement global de 823 075 945 Fcfa. Les initiatives soutenues concernaient les arts de la scène, les arts visuels, le cinéma, la littérature, la mode, le design ainsi que la préservation du patrimoine culturel. À cette occasion, le Directeur général de l’Adac, William Codjo, avait rappelé aux bénéficiaires que les ressources mises à leur disposition n’étaient « pas un don, mais un contrat de performance avec le peuple béninois ».
Une déclaration qui traduit la volonté de placer la gestion des fonds publics sous le signe de la transparence et de l’obligation de résultats. Aujourd’hui, avec l’annonce de la dissolution de l’Agence, ces engagements prennent une autre dimension. Certes, l’État est une continuité et il est prévu que de nouvelles structures prennent le relais, mais cette continuité doit se traduire par le respect des conventions signées, le maintien des engagements financiers envers les bénéficiaires et le suivi technique des projets jusqu’à leur terme. Par ailleurs, une autre exigence s’impose au nom des principes de bonne gouvernance. Les financements accordés par l’Adac proviennent des ressources publiques. Il est donc indispensable que les rapports de fin d’exécution des projets soient effectivement produits et validés selon les clauses initiales.
Plusieurs projets sont encore en cours de réalisation. D’autres ont peut-être déjà consommé une partie importante des fonds reçus. Dans tous les cas, il appartient à l’État de vérifier que chaque franc Cfa décaissé a été utilisé conformément aux objectifs fixés. Cette exigence relève des règles normales de gestion des deniers publics. Les contrôles administratifs et financiers sont la meilleure garantie de crédibilité des politiques culturelles. Le peuple béninois mérite de savoir ce qu’il adviendra des 823 millions de francs Cfa investis dans ces 42 projets. Les artistes et promoteurs culturels méritent également d’être rassurés sur l’avenir de leurs initiatives. Une communication claire des autorités compétentes sur les modalités de transfert des dossiers, le suivi des financements et les mécanismes de contrôle est attendue. Si les institutions peuvent disparaître, les engagements de l’État, eux, doivent demeurer.

Mohamed Yèkini