Des exécutions sommaires, des tortures inhumaines…les récits des réfugiés maliens du camp de Mbera en Mauritanie font froid dans le dos. Les auteurs selon les victimes sont les mercenaires russes d’Africa Corps. Dans ce camp en Mauritanie, des Maliens ayant fui les combats racontent des violences imputées à des patrouilles composées de soldats maliens et de paramilitaires russes.
Leurs récits, recueillis à l’abri de l’anonymat, alimentent les accusations d’exactions qui accompagnent les opérations dites de « sécurisation » du nord du Mali.
Les témoignages se multiplient depuis le camp de Mbera, à quelques kilomètres de la frontière malienne. Depuis l’été 2025, des centaines de familles peules et touaregs ont franchi la frontière pour échapper aux opérations menées dans le nord du Mali. Elles pointent du doigt des patrouilles de l’armée malienne et surtout des combattants d’Africa Corps anciennement groupe Wagner.
L’un des récits les plus marquants est celui de « Cherifa », une sexagénaire qui dit avoir perdu son fils en juillet 2025. Selon elle, l’homme et quatre compagnons ont été interceptés par une patrouille alors qu’ils transportaient des marchandises. « Ils les ont ligotés et leur ont coupé la tête… puis ils ont mis le feu aux marchandises », a-t-elle déclaré à l’AFP. Elle a également précisé que les corps n’avaient pu être récupérés que le lendemain par peur d’embuscades. D’autres réfugiés évoquent des arrestations arbitraires, des exécutions sommaires et des villages vidés de leurs habitants.
Selon ces récits, des civils auraient été arrêtés, exécutés ou torturés lors d’opérations militaires menées dans des zones soupçonnées d’abriter des groupes jihadistes. Certaines victimes affirment avoir vu des villages incendiés et des habitants accusés de collaborer avec des groupes armés.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de réorientation sécuritaire au Mali. Depuis le coup d’État de 2020 et le départ des forces françaises et de la MINUSMA, Bamako s’appuie sur des paramilitaires russes pour lutter contre les groupes djihadistes et les mouvements séparatistes. Les autorités maliennes présentent ces opérations comme nécessaires pour rétablir l’ordre dans des zones hors de contrôle.
Les organisations de défense des droits humains dressent un tableau plus sombre. Dans leurs rapports, elles documentent des cas d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et de déplacements massifs attribués aux opérations conjointes. L’accès limité des enquêteurs indépendants rend toutefois la vérification difficile sur le terrain.
Les autorités maliennes nient régulièrement ces accusations et affirment mener des opérations contre des groupes terroristes. Elle dénonce une « campagne de désinformation » visant à discréditer son partenariat avec Moscou. Les autorités affirment que seules des cibles armées sont visées et que les civils font l’objet de mesures de protection.
Malgré cela, l’afflux de réfugiés vers la Mauritanie continue d’augmenter autour du camp de Mbera.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU