(S’abstenir,Soutenir, S’opposer ?)
Le parti Les Démocrates (LD) présidé par le docteur Boni Yayi est à la croisée des chemins. Depuis sa participation infructueuse aux dernières élections législatives, le parti tente de s’organiser pour panser les plaies laissées par son exclusion des différents scrutins et de son éjection du parlement. Désormais dépourvus d’élu, Les Démocrates ont le choix entre s’impliquer activement dans le processus électoral en cours pour soutenir un des deux duos, rester neutre ou appeler carrément au boycott de la présidentielle. Dans tous les cas, aucune position prise par les sociétaires de Boni Yayi ne sera sans impact sur la prochaine présidentielle.
Les Démocrates n’ont pas de candidat à la présidentielle de 2026 ou du moins pour le moment. Le parti pourrait se positionner comme soutien d’un des deux duos, Wadagni-Talata ou Hounkpé-Hounwanou. Cette réflexion occuperait les débats actuellement au sein du parti sorti déplumer des dernières élections. Seulement, les LD pourraient également choisir l’option d’être tout simplement des spectateurs du scrutin exclusif critiqué et dénoncé au-delà des frontières béninoises. Pire, l’opposition béninois peut aussi appeler au boycott du scrutin pour se venger de la rupture qui ne vise que la forte participation des béninois pour légitimer non seulement le scrutin mais aussi et surtout légitimer l’élection du prochain président. Dans ce jeu politique, la seule question qui vaille est de savoir ce que gagne ou perd l’opposition ou la mouvance de Patrice Talon dans le choix qu’opèreront Les Démocrates.
La prime de l’abstention ou du soutien
Le taux de participation à la présidentielle prochaine déterminera sa crédibilité et conditionnera la légitimité du successeur de Patrice Talon. Après une décennie de pouvoir, le régime de Patrice Talon a tellement créer de frustrés et de mécontents que les béninois ont perdu l’engouement d’aller aux urnes. Depuis 2016, les taux de participation dégringolent synonyme du dégoût du peuple béninois à la gouvernance politique qui risque de perpétuer avec l’élection certaine de Romuald Wadagni, ministre de l’économie et des finances de Patrice Talon depuis 10 an, comme successeur du président sortant. Pour être élu avec un taux acceptable de participation, Wadagni doit donc composer avec des forces politiques surtout de l’opposition qui pourront lui reverser leurs militants pour le scrutin.
Les mouvements et associations politiques qui naissent depuis quelques semaines pour le soutenir pourraient certes donner une coloration atteignant à la candidature du Wadagni mais ke garantissent en rien la mobilisation qu’espère le candidat pour sa légitimité. Aux dernières élections, les LD ont été crédités de plus de 500 mille voix soit 16% de l’électorat qu’ils peuvent reverser au candidat à la présidentielle s’ils appelaient à le soutenir. Un choix qui profiterait certainement aux deux parties, l’une recherchant la légitimité à travers un fort taux de participation, l’autre travaillant pour sa survie politique les 07 ou 14 années à venir. Au terme des législatives du 11 janvier 2026, les LD se sont retrouvés avec zéro élu sur toute l’étendue du territoire national.
Pour se sauver de la noyade puis de la mort politique, Boni Yayi et son parti pourraient donc négocier la survie des LD en optant pour le soutien au candidat Wadagni qui pourrait leur concéder quelques postes ministériels, des ambassades, des directions générales de sociétés, le retour des exilés et la libération des détenus politiques. Aussi le soutien du candidat prochain président de la République peut-il permettre au parti Les Démocrates de négocier et obtenir bien d’autres avantages tel le remboursement de leur frais de campagne de 2023 et le paiement du fonds de financement public aux partis politiques dont ils sont privés depuis 2024. De son côté, le prochain président pourrait, à travers un fort taux de participation, bien asseoir son pouvoir légitimé malgré l’exclusion, apaiser le pays et surtout l’atmosphère politique nationale en libérant les détenus et laissant les exilés retourner au pays.
Si l’opposition opte pour l’abstention, ça sera sa façon déguisée de soutenir sans appeler ni à la mobilisation autour du duo Wadagni-Talata ni pour le boycott qui serait synonyme d’une radicalisation de sa position. En s’abstenant, les LD au nom de la constitution révisée en novembre 2026 et conformément aux dispositions de l’article 5.1 de cette constitution, pourra se rapprocher du prochain président pour négocier un pacte de responsabilité, pour accompagner l’action du gouvernement et obtenir des avantages à même de faciliter sa survie politique.
Dans les deux cas, les LD pourront négocier des avantages politiques qui éviteraient à ses militants de s’éparpiller ou aller en rang disperser soutenir un candidat pour ne rien obtenir de consistant après la présidentielle.
Hounkpê ou le boycott : Du mëme au pareil
Considéré comme le faire-valoir aux ordres de la rupture pour la présidentielle, le candidat Paul Hounkpè pourrait déjouer les pronostics s’il négociait bien ses soutiens. Les béninois pourraient donc l’utiliser pour se venger de Wadagni et son mentor Patrice Talon qui, 10 ans durant les ont traumatisé par des réformes sociopolitiques et économiques étouffantes. Mais si les LD portent leur soutien sur le duo Hounkpé-Hounwanou, c’est qu’ils choisissent de rester dans l’opposition. La question, c’est de savoir á quelle fin déjà que le parti est agonisant ?
Appeler au boycott radicaliserait leur opposition au prochain régime pour préserver leur crédibilité surtout que la gouvernance Talon est également celle de Wadagni comptable personnel et ministre des finances du président sortant. Mais est-il politiquement avantageux pour les LD de vouloir préserver sa crédibilité de parti d’opposition en se radicalisant sans êlu, sans moyen et bientôt sans militants ?
Depuis leur retour des législatives de 2026, le parti s’est imposé un silence de plus en plus pesant surtout après le report inespéré de la réunion de sa coordination nationale en février passé. Une commission est mise en place et travaille depuis lors sans rien laisser filtrer de leurs réflexions. Des réflexions qui pourraient, selon les indiscrétions esdébouché sur la convocation d’une rencontre d’envergure pour afficher clairement une position du parti à la veille de la présidentielle.