Dans ce Bénin qui se développe à une vitesse de croisière, on est bien surpris qu’il y a encore de la place pour l’obscurantisme, l’injustice sociale et l’intolérance religieuse. C’est pourtant ce que vit dame Angela Padonou attaquée mystiquement, contrainte de force à l’initiation dans un couvent Vodoun et menacée de mort constamment.
Son récit fait froid dans le dos. A 45 ans, dame Angela Padonou bénino-gabonaise vivant au Gabon le raconte avec les larmes aux yeux et le cœur meurtri. « Je vivais encore au Gabon il y a encore trois ans. Après mes études au Bénin, je me suis installée dans le pays de ma mère et faisais le commerce. Au début tout marchait bien pour moi et je ne plaignais pas », raconte-t-elle. Mais brusque, comme si un mauvais sort l’avait frappé, toutes ses affaires commencent à chuter et toute son économie est partie. Comme un malheur n’arrive jamais seul, elle tombe malade. « Une maladie mystérieuse qui ne lâche plus et dont la médecine n’arrive pas à trouver d’explications », explique-t-elle. Un peu prise par une force incontrôlable qui la manipule, elle décide de rentrer au Bénin. « Personne ne m’a rien demandé et j’ai pris mon billet d’avion moi-même et je suis rentrée au Bénin », explique Angela Padonou. Une fois sur place, sa tante lui dit : « Angela, sois la bienvenue, il est temps que tu ailles au Couvent ». Sa réponse est cinglante : « je ne suis pas venue au Bénin pour aller au couvent ». Mais la tante lui réplique : « Ma fille, tu es revenue pour entrer au couvent et ce sont les divinités qui t’ont reconduite au Bénin ». Cette tante, rappellera-t-elle, lui avait fait la même révélation quelques années plus tôt alors qu’elle était encore aux études au Bénin. Pendant plusieurs mois, elle aura résisté à la pression de la famille de l’envoyer au couvent. Plusieurs mois pendant lesquels, ses situations sanitaire et économique se sont empirées. « J’étais tout le temps malade. J’avais des problèmes ça et là, je n’en pouvais plus et un jour, ils sont venus me voir pour me dire « soit tu rentres au couvent, sois tu meurs », raconte Angela qui ajoute que : « c’était une vraie guerre, des menaces physiques et spirituelles, je n’étais plus dans ma peau. Je me suis entêtée jusqu’au moment où je ne pouvais plus. C’était où j’accepte ou je perdais ma vie ». A bout de souffle, elle finit par accepter d’aller au couvent pour l’initiation ».
Mais quelques jours, une fois qu’elle reprend un peu son énergie et retrouve ses esprits, elle met en œuvre un plan d’évasion qui lui réussit. Une fois dehors, Angela quitte le pays et se réfugie chez un ami au Togo voisin où elle vit presque en réclusion afin, dit-elle, de sauver sa vie et celle de son enfant.
Que vaut la liberté de culte au Bénin ?
La situation de dame Angela Padonou devrait interpeler le gouvernement. Bien qu’engagé dans une politique de valorisation de la dimension culturelle du Vodoun, le gouvernement doit veiller au respect de la liberté de religion consacrée par la constitution béninoise. Au nom de quel attachement aux valeurs culturelles endogènes des individus doivent imposer leurs religions aux autres. Ces genres de pratiques encore courantes dans nos contrées jadis doivent cesser. Autrement, elles renforceront les inquiétudes de certains qui continuent de croire que les religions endogènes sont fortement des îlots de torture et d’oppression spirituelle.