À deux mois des élections législatives du 11 janvier 2026, la sérénité et la concorde qui semblaient jusque-là régner dans le camp de la mouvance présidentielle s’effrite à grande vitesse laissant place aux grincements de dents. Les positionnements qui devraient se faire sans grande formalité, deviennent un véritable casse-tête politique pour les responsables. Dans plusieurs circonscriptions électorales, les tensions montent, les frustrations s’accumulent, et les couteaux s’aiguisent dans les coulisses du pouvoir.
Le feu brûle dans la maison mouvance. A la fin du mandat de Patrice Talon, la cohésion qui a caractérisé les différents partis politiques est mise à rude épreuve. À l’heure des positionnements pour les élections législatives, les intérêts individuels reprennent le dessus sur la discipline de groupe. Les militants à la base, tout comme plusieurs cadres, dénoncent une gestion opaque et « imposée d’en haut » des listes électorales. Dans les circonscriptions électorales, la colère gronde. Parmi les sources majeures de tension figure la volonté de plusieurs députés sortants de se représenter. Beaucoup d’entre eux estiment avoir servi avec loyauté le régime et réclament un nouveau mandat comme récompense. Néanmoins du côté de la présidence, les consignes sont toutes autres. Patrice Talon, fidèle à son discours de renouvellement de la classe politique, souhaite écarter plusieurs visages connus de l’Assemblée nationale pour faire place à de nouveaux profils plus jeunes, dociles et moins ambitieux. Une décision du patron qui passe mal.
Plusieurs grosses cylindrées de la mouvance, qui ont investi temps, énergie et ressources financières dans l’animation politique locale, menacent de claquer la porte si elles ne figurent pas sur les listes. Dans les partis politiques de la mouvance, le climat n’est guère plus apaisé. Les querelles de leadership et de positionnement prennent de l’ampleur. Les leaders de partis peinent à contenir la fronde interne. Les ambitions s’entrechoquent, les alliances se défont, et les frustrations menacent d’exploser au grand jour. Des réunions de crise s’enchaînent dans les états-majors, mais les dissensions sont profondes. Les équilibres régionaux, les promesses non tenues et les rivalités entre barons locaux alimentent un mécontentement généralisé. Certains militants, frustrés de ne pas voir leurs leaders locaux figurer sur les listes, parlent déjà de trahison. D’autres évoquent des arrangements entre cercles restreints proches de la Marina.
Au fur et à mesure que janvier 2026 approche, les tensions internes deviennent de plus en plus visibles. Si rien n’est fait pour calmer les ardeurs, la mouvance pourrait bien arriver aux élections avec un moral fragilisé et une base désorientée. Patrice Talon, connu pour son autorité et sa volonté de contrôle, se retrouve aujourd’hui face à une équation délicate, comment renouveler sa majorité sans la fracturer. Son projet de faire du sang neuf risque d’ouvrir la voie à des départs en cascade, voire à des candidatures dissidentes qui pourraient semer la zizanie dans les bastions du pouvoir. Une chose est sûre, la bataille des positionnements aura laissé des marques. Pour une mouvance qui a longtemps cultivé l’image d’une forteresse unie autour du chef, le ver semble désormais dans le fruit. Les carottes sont cuites.
Alassane Touré