C’est une moisson financière qui se dessine au lendemain de la visite officielle de Romuald Wadagni en France. En une seule matinée à Paris, le Bénin a mobilisé 65,5 milliards de francs Cfa, soit près de 100 millions d’euros, pour financer des projets directement liés aux besoins des populations. De l’électrification rurale à la pisciculture, en passant par les investissements agricoles et la création d’un laboratoire national d’expertise Adn, les retombées touchent plusieurs secteurs stratégiques.
Electricité, agriculture, santé et justice. Ce sont les domaines qui bénéficieront des fruits de la première visite officielle du chef de l’État en France. Au total, 65,5 milliards de francs Cfa ont été mobilisés pendant le séjour de 48h. L’Agence française de développement apporte 61,9 milliards de Fcfa à travers deux conventions de financement, tandis qu’une lettre de mandat avec Bpifrance porte sur 3,54 milliards de Fcfa. Autrement dit, près de 100 millions d’euros collectés pour des projets qui toucheront directement plusieurs dizaines de communes.
Le plus gros morceau de l’enveloppe concerne l’électricité. 52,1 milliards de Fcfa sont consacrés à l’extension du réseau de distribution de la Société béninoise de l’énergie électrique. À la clé, plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités réparties dans 15 communes du Mono, du Couffo et du Borgou. Athiémé, Bopa, Comè, Grand-Popo, Houéyogbé, Lokossa, Aplahoué, Djakotomey, Dogbo, Klouékanmè, Lalo, Toviklin, N’Dali, Parakou et Tchaourou figurent parmi les communes concernées.
L’accès à l’électricité signifie aussi davantage de possibilités pour les activités économiques, les commerces, les ateliers, les établissements scolaires et les services de proximité. Le financement doit également contribuer à améliorer la qualité du réseau et à réduire les pertes de la SBEE, avec l’objectif affiché de renforcer durablement l’équilibre financier de la société.
9,8 milliards pour créer des revenus
L’agriculture n’est pas laissée pour compte dans cette opération de mobilisation de ressources. 9,8 milliards de Fcfa sont destinés aux filières agricoles de proximité. Une enveloppe de 6,6 milliards sera consacrée à la pisciculture dans dix communes de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga. L’objectif est de développer toute la chaîne de valeur, de l’alevin jusqu’au marché, afin d’accroître la production nationale de poisson et d’améliorer sa qualité. Autre enveloppe, 3,3 milliards de Fcfa pour soutenir les investissements productifs dans les filières avicole, cunicole, protéagineuse et oléagineuse, dans seize communes du Borgou, de la Donga, des Collines et du Zou. Au-delà des grands projets, les financements mobilisés doivent également contribuer à renforcer les activités génératrices de revenus dans les territoires.
Adn, le Bénin veut désormais produire sa propre expertise
L’autre annonce majeure qui est la fruit de cette visite de travail reste la mise en place d’un laboratoire national d’expertise Adn. À travers la plateforme Priam, réalisée avec le Laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux et soutenue par Bpifrance Assurance Export, le Bénin ambitionne de disposer d’une capacité de 30 000 analyses Adn par an. Plus de 500 professionnels seront formés et une filière universitaire dédiée créée. Grâce à ce laboratoire, le Bénin pourra disposer sur son propre territoire des compétences nécessaires pour réaliser ces expertises dont l’identification de victimes, la recherche de filiation et les enquêtes judiciaires ou catastrophes.
La France, un partenariat qui continue de produire des résultats
Ces annonces viennent surtout rappeler la place occupée par la France dans le financement du développement du Bénin. Depuis plusieurs décennies, la coopération franco-béninoise accompagne des secteurs essentiels : énergie, agriculture, infrastructures, santé, éducation, gouvernance et développement territorial. L’Afd, présente au Bénin depuis 1956, demeure l’un des partenaires historiques du pays. La récente visite avec toute la moisson faite par la délégation béninoise conduite par le président de la République, Romuald Wadagni montre ainsi que, malgré les débats sur l’évolution des relations entre la France et plusieurs pays africains, le partenariat franco-béninois conserve une dimension financière et opérationnelle importante.
Pour Cotonou, l’enjeu est surtout de transformer les milliards obtenus en résultats visibles : notamment des villages électrifiés, des producteurs mieux accompagnés, des filières agricoles plus performantes et une expertise scientifique désormais disponible au Bénin. De son côté, Cotonou devra renforcer cette l’axe stratégique avec Paris en vue de bénéficier davantage de ressources pour impacter les communautés à la base.
Mohamed Yèkini